Fin de vie: le suicide assisté n’est pas plus une solution que l’euthanasie

Publié le : 21 décembre 2012

 Interviewés par Atlantico.fr Vincent Morel, médecin de l’équipe mobile de soins palliatifs au CHU de Rennes et président de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs, et Eric Deschavanne, philosophe, expliquent que le suicide assisté n’est pas plus une réponse à la fin de vie que ne l’est l’euthanasie. 

A la question de savoir s’il « faut […] préférer le suicide assisté à l’euthanasie« , Vincent Morel répond que  « les deux ne sont pas du tout dans le même champ » et que « dans le cadre de sa mission, le professeur Sicard n’est d’ailleurs ni favorable à l’euthanasie ni au suicide assisté. Il ouvre seulement le débat sur le suicide assisté« . Pour le médecin, « la question du suicide assisté interroge sur la liberté d’une personne à demander à mourir. La plupart des patients demandent à mourir parce qu’ils souffrent, parce qu’ils ont un symptôme et qu’ils nécessitent des soins. Lorsqu’on les prend correctement en charge, la souffrance s’atténuant, la douleur diminuant, la demande d’euthanasie disparait et s’atténue également. Il reste néanmoins un certain nombre de personnes qui expriment la volonté d’anticiper la mort, alors même qu’ils n’ont peut-être pas de symptômes. Ces patients expriment une liberté, une volonté d’autonomie. Ils demandent à la société d’organiser cet acte de suicide assisté« . 
Il en est de même pour Eric Deschavanne: « le suicide assisté, stricto sensu, se fonde sur le principe de la liberté individuelle« , et avec cette pratique « on oppose au pouvoir médical, et à l’éthique médicale, le droit du malade à disposer de lui-même« . En outre, « l’assistance au suicide est destinée à offrir à celui qui veut mourir mais qui est dans l’incapacité de réaliser par lui-même son projet les moyens d’arriver à ses fins […]. Le pouvoir médical serait ainsi soulagé de la responsabilité d’avoir à juger si la vie d’autrui vaut la peine d’être prolongée; chacun déciderait pour lui-même« . 

Puis interrogé sur le fait de savoir si « le suicide assisté résout vraiment tous les problèmes de cas de conscience« , Vincent Morel précise que le suicide assisté « n’est pas une question qui appelle à une réponse de la médecine mais à la réponse de la société«  puisque « la médecine se mettrait en retrait » après avoir effectué le diagnostic permettant de « s’assurer […] que le patient n’est pas dans un état dépressif « . Il ajoute: « dans le suicide assisté, c’est le malade lui-même qui prend la potion« . En ce sens, « cela serait la société qui organiserait par la suite le suicide assisté de la personne qui le souhaite » .
Pour Eric Deschavanne, le suicide assisté « donne l’illusion » de résoudre les cas de conscience et pour le philosophe, « une idée morale simpliste est en train de s’imposer, […] selon laquelle la seule réponse humaine et charitable que l’on pourrait apporter à la demande d’euthanasie formulée par autrui serait de respecter sa liberté en lui fournissant les moyens de se tuer« . La conséquence serait alors « la mise en place d’une machine à tuer son prochain en toute bonne conscience« . 

Poursuivant sur ce qu’il doit en être de la responsabilité des médecins et s’il ne leur incomberait pas de « déterminer si le patient à toutes ses facultés mentales« , Vincent Morel précise qu’il faudra « s’assurer que la personne ne demande pas le suicide sous une contrainte d’un syndrome dépressif ou d’une perte de ses capacités intellectuelles ou mentales ». En effet, pour le médecin, « cela relève du champ de l’expertise médicale«  et le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) saisi à la demande du président de la République « peut aider à réfléchir à cette question« . 
Pour Eric Deschavanne « l’enjeu du débat actuel est de déterminer si le devoir médical doit primer sur la liberté du patient ou l’inverse. L’équilibre est difficile à trouver. Il est absolument nécessaire que les malades puissent faire valoir leur souffrance et que les médecins ne puissent se dérober à l’exigence de les soulager. Soulager la souffrance appartient au devoir médical ». Ainsi, pour Eric Deschavanne, « administrer la mort pour satisfaire une ‘demande’ d’euthanasie, concevoir le geste de tuer comme une réponse plus ou moins automatique à l’expression d’une volonté de mourir [lui] semble incompatible avec le devoir médical, et tout bonnement avec l’interdit moral universel et ancestral de tuer son prochain« .

 
 
<p> Atlantico.fr (Vincent Morel - Eric Deschavanne) 19/12/12</p>

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