Faut-il rebattre les cartes de l’adoption en France ?

Publié le 16 Déc, 2019

Le sujet de l’adoption est complexe. C’est bien souvent un véritable parcours du combattant pour les couples désirant adopter. Corinne Imbert et Monique Limon étaient en charge de faire un état des lieux sur le sujet. Le rapport qui vient d’être publié repose sur deux grands principes : l’intérêt supérieur de l’enfant (cf. Adoption : viser le strict intérêt des enfants) et celui de lui donner une famille (cf. Réforme de l’adoption : les préconisations des parlementaires), mais…

 

En France, 950 enfants par an sont adoptés pour un peu moins de 3000 pupilles. On parle de pupille lorsque l’enfant a perdu tout lien avec sa famille et qu’il est alors confié aux services de l’aide sociale à l’enfance. La suite… le rapport le souligne, c’est l’intérêt de l’enfant. C’est ce qui va aiguiller les décisions à prendre. Cependant, les évolutions de la société remettent en cause ce principe d’équilibre et font craindre une modification de la loi sur l’adoption en faveur des futurs parents et au détriment de l’enfant.

 

En effet, à plusieurs reprises, le rapport réaffirme un principe de non-discrimination entre les candidats à l’adoption. Omniprésent, il semble justifier les prises de positions contenues dans chaque page. Il est brandi pour dénoncer dans un premier temps la composition des Conseils de famille,  souhaitant une meilleure prise en compte des réalités familiales, notamment par un équilibre des modes de famille représentés (familles reconstituées, monoparentales et homoparentales). Un peu plus loin, il est avancé à propos des couples non mariés. L’adoption leur reste aujourd’hui fermée contrairement à la Procréation Médicalement Assistée.

 

Le principe de non-discrimination est-il un argument pertinent ? Le bien réel des enfants ne semble pas pris en compte puisque cet argument concerne les futurs parents. Pourtant, dans l’adoption, on cherche bien à donner une famille à un enfant et non l’inverse ! Il y a environ 14000 candidats à l’adoption, ce n’est donc pas le nombre de candidats qui pose problème.

 

La souffrance provoquée par l’abandon est difficilement quantifiable chez l’enfant, mais elle est inscrite en lui et il est souvent fragilisé par cette blessure. La première recommandation du rapport suggère notamment un meilleur accompagnement des familles adoptantes avec la possibilité pour les adoptés de parler à des personnes spécialisées. C’est là, en effet, un bon réflexe dont il faudrait oser tirer toutes les conséquences. N’est-il pas important que l’enfant grandisse dans une famille adoptive qui lui assure le meilleur équilibre possible, à savoir qu’il puisse grandir entouré d’un père et d’une mère (cf. Le consensus français autour de la famille « père-mère-enfant » ) ? Nous n’avons pas à ce jour le recul pour détailler les conséquences sur les enfants de décisions qui devraient appeler à un principe de prudence.

 

Dans un autre domaine, le rapport élude la question de l’adoption intra-familiale qui concerne l’adoption de l’enfant du conjoint. Celle-ci est étroitement liée à la révision de la loi de bioéthique actuellement en cours qui rebat les cartes de la filiation… Elle doit faire l’objet d’un autre point de vigilance. A suivre donc.

 

Pour aller plus loin :

L’histoire d’une adoption: “Je mets à distance l’enfant idéalisé et tant attendu pour être enfin sa Maman”

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