Euthanasie : que fait la Belgique ?!

Publié le : 25 octobre 2016

A l’occasion de la publication du Rapport 2016 de la Commission d’Evaluation et de contrôle de l’euthanasie en Belgique (cf. En Belgique, la commission de contrôle de l’euthanasie publie son 7e rapport ), Carine Brochier de l’Institut Européen de Bioéthique, livre son analyse.

 

Il faut avoir en tête que « ces chiffres ne présentent qu’une partie de la vérité sur l’euthanasie en Belgique » explique-t-elle : il s’agit de « euthanasies officielles », auxquelles il faudrait ajouter celles réalisées dans la « clandestinité », sans déclaration. Or ce chiffre, impossible à évaluer serait important car « il semble se développer chez certains soignants – pas tous heureusement – une forme d’élasticité des critères pour accéder à la demande d’euthanasie », ainsi qu’ « une forme d’impunité chez certains ».

 

Depuis 14 ans, l’euthanasie se banalise : « Originellement, elle ne devait se pratiquer qu’à titre exceptionnel », mais aujourd’hui « on remarque que les termes utilisés par la loi permettent une interprétation de plus en plus large parce que, au départ, ils étaient flous ». La souffrance « est une notion éminemment personnelle », qui empêche de « contrôler les ‘strictes conditions’ d’applications de la loi ». Carine Brochier dénonce cette « mentalité euthanasique », qui « nous rapproche de plus en plus d’une forme d’euthanasie à la demande. Ne dit-on pas d’ailleurs que l’offre crée la demande ? »

 

En outre, « un grand nombre des affections médicales fréquemment invoquées pour demander l’euthanasie sont difficiles à circonscrire ». Carine Brochier prend l’exemple des « polypathologies » : « il s’agit de situations où une personne, parce qu’elle vieillit notamment, est en proie à plusieurs fragilités physiques dues au grand âge et qui se cumulant, la font souffrir et la rendent dépendante de son entourage (…) Avec le temps, un certain isolement peut advenir(…) A la souffrance psychique s’ajoute alors la solitude ». Combinées, elles peuvent mener à la « volonté d’en finir », par « désespoir ». Il y a alors urgence à s’interroger sur « l’attention et l’accompagnement que nous accordons à nos parents » : « L’euthanasie ne règle-t-elle pas finalement notre incapacité à durer dans le soin aux personnes ? »

 

« Il nous faut demeurer attentifs à ne pas faire de l’euthanasie un moyen de régler les problèmes structurels auxquels est confrontée notre société ». « Il nous faut refuser l’euthanasie comme étant un solution à nos manques de moyens financiers », plaide Carine Brochier. Il est pour cela « essentiel de sortir d’une idéologie qui voudrait que l’individu soit seul maître de sa vie et seul au monde ».

<p>Atlantico (24/10/2016)</p>

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