Euthanasie et arrêt de l’alimentation artificielle

Publié le 9 Mai, 2008

Responsable de la Commission bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon, Pierre-Olivier Arduin revient sur un « détail » de la loi Leonetti – le statut de l’alimentation artificielle – et le déséquilibre qu’il a introduit dans la législation française.

Il rappelle en premier lieu les principes généraux et « judicieux » de la loi relative à la fin de vie. Premièrement, elle n’ouvre aucun droit à la mort médicalement provoquée en réaffirmant l’interdit fondateur du meurtre. Deuxièmement, elle proscrit toute obstination déraisonnable c’est-à-dire tout acharnement thérapeutique. Certains ont parlé, à tort, d’un droit au laisser mourir comme un premier pas en faveur d’une dépénalisation exceptionnelle de l’euthanasie. Il est parfaitement licite de ne pas débuter ou de suspendre un traitement « disproportionné » puisque l’intention est alors de renoncer à l’acharnement thérapeutique, contraire au bien du malade, et non de le tuer.

Néanmoins, une modification introduite par la loi Leonetti est « regrettable ». Il s’agit de celle qui accorde au patient, en fin de vie ou non, le droit de refuser « tout traitement », le texte incluant dans cette disposition l’arrêt de l’alimentation artificielle.

C’est bien cette question qui est au cœur de l’ « affaire Pierra ». Affaire qui éclata peu après la promulgation de la loi Leonetti. Alors en état végétatif persistant (après une tentative de suicide), Hervé Pierra s’est vu retirer sa sonde gastrique, sur demande répétée de ses parents, membres de l’« Association pour le droit de mourir dans la dignité » (ADMD) et de l’association de Marie Humbert « Faut qu’on s’active ».

L’équipe médicale refuse d’abord, à plusieurs reprises, rappelant que « l’alimentation assistée relève d’un soin de confort et non d’un traitement » et que « la débrancher équivaudrait à une euthanasie ». Finalement c’est le Dr Régis Aubry, président du Comité national du développement des soins palliatifs qui, émettant un avis favorable à la demande des parents, permettra qu’on débranche Hervé. Il mettra six jours pour mourir de faim.

« On crie alors au scandale de la mort sale que permet la loi Leonetti », se souvient Pierre-Olivier Arduin. Pourtant, le ressort intime de ce drame ne réside-t-il pas dans le texte de loi lui-même qui classe l’alimentation artificielle parmi les traitements, ce qui est contestée par de nombreux bioéthiciens ? En effet, « l’alimentation assistée ne cherche pas tant à contrecarrer une pathologie organique touchant cette fonction qu’à pallier un problème simplement mécanique en répondant à un besoin de base de l’organisme ». En aucun cas, on ne peut parler d’obstination déraisonnable ou de traitement disproportionné puisque justement l’alimentation médicale peut être poursuivie longtemps, sans effet secondaire majeur et avec une grande efficacité pour soutenir la vie du patient, ce qui est exactement la définition d’un soin proportionné.

L’auteur rappelle enfin que « la question brûlante du retrait de l’alimentation médicale est depuis longtemps une ressource stratégique pour aboutir à une dépénalisation de l’euthanasie ». Ainsi, dès septembre 1984, l’australienne Helga Kube, au cours de la Ve Conférence mondiale des associations pour le droit de mourir dans la dignité, dévoile publiquement le plan de bataille pour obtenir la légalisation de l’euthanasie : « Si nous pouvons obtenir des gens qu’ils acceptent le retrait de tout traitement et soin, spécialement l’arrêt de toute nutrition, ils verront quel chemin douloureux c’est de mourir et accepteront alors, pour le bien du malade, l’injection létale »…

La stratégie des militants pro-euthanasie vise donc à dénoncer l’ambiguïté de l’actuelle loi, plaidant pour « le choix mortel de l’euthanasie légale sensée y remédier ». « Le législateur se retrouve donc pris au piège d’approximations qui font le jeu de ses adversaires », conclut Pierre-Olivier Arduin.

Le journal La Croix publie le témoigne d’une famille bouleversée par l’accompagnement en soins palliatifs. La famille Coutant rend un vibrant hommage à toute l’équipe mobile de soins palliatifs qui a su entourer leur mère et grand-mère,  avec beaucoup d’amour et de délicatesse et l’aider à partir. Elle souligne également le soutien essentiel de l’équipe auprès des familles.

Dans le cadre de la mission Leonetti, l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) a demandé à être entendue.

Liberté politique (Pierre-Olivier Arduin) 01/05/08 – La Croix (Pierre Bienvault) 09/05/08

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