Entre enfant de sauvages et bébé de masse

Publié le : 11 juin 2009

Suite de notre synthèse sur le premier forum citoyen des Etats-Généraux de la bioéthique, qui a eu lieu mardi 9 juin au Palais du Pharo à Marseille (cf. Synthèse de presse du 10/06/09). Le débat de l’après-midi portait sur l’eugénisme, le diagnostic prénatal (DPN) et le diagnostic préimplantatoire (DPI). Alors que le débat du matin était resté relativement froid et " technique" sur la recherche sur les embryons humains, les discussions sur la sélection des enfants à naître furent plus vives, comme si l’apparente acceptation par le panel de l’avortement sélectif des fœtus handicapés renvoyait les experts à leur responsabilité et les incitait à rappeler la valeur intangible de la vie humaine.

Jean François Mattéi a immédiatement évoqué la gravité des enjeux : "on ne peut supprimer la maladie en supprimant le malade. A-t-on le droit de supprimer une vie au motif que le patient pourrait souffrir ? Si on supprime avant la naissance l’étape suivante sera de supprimer après la naissance".  "Il faut éviter de croire qu’une interruption de grossesse est un coup de gomme. Cela reste toujours une cicatrice, une souffrance". J. Testart s’attarda sur la différence fondamentale entre le DPN et le DPI, montrant que le recours à l’Interruption de grossesse à la suite d’un DPN est un acte lourd qui restera inscrit dans l’histoire du couple, mais de ce fait reste un acte humain, alors que le tri des embryons par DPI reste extérieur au couple et incite à sélectionner toujours d’avantage le meilleur embryon, sans prendre conscience de la portée du geste. Il souhaite que la loi précise que le DPI ne puisse être obtenu pour un couple que pour une seule maladie. Il craint une généralisation de cette pratique notamment en raison des progrès en biologie : la culture des tissus d’ovocytes et leur congélation (technique aujourd’hui efficace sur l’animal, demain sur l’homme), permettra d’obtenir des ovocytes en masse à féconder pour obtenir des embryons en masse. Il n’y aura plus qu’à réimplanter parmi cette multitude d’embryons le meilleur. Les parents responsables seront tenus de mettre au monde des enfants "parfaits" et seront priés pour cela de ne plus les faire comme autrefois "à la sauvage" mais avec l’aide de la technique. Ce sera l’avènement des "bébés de masse" pour garantir "l’hygiène médicale". Aux Etats-Unis 10% des fécondations in vitro sont déjà avec un DPI, précise-t-il. Ce à quoi J.F. Mattéi a répondu "nous sommes déjà en difficulté, nous ne pouvons pas régler les problèmes qui auront lieu dans 40 ans"…

A une question du panel demandant si le DPI était déjà très répandu en France, Jean-François Mattéi a rappelé que seuls 3 centres étaient autorisés à le pratiquer et a précisé qu’ "en 1994 la majorité des députés n’étaient pas prêts à dire oui au DPI, j’ai donc, pour ouvrir la porte, proposé et écrit dans la loi "étude" au lieu de "recherche" et "diagnostic biologique" au lieu de "diagnostic préimplantatoire"".

Le professeur Jean-Christophe Galloux a attiré l’attention des participants sur l’évolution de la législation et le rôle du juriste leur rappelant que depuis 1949, date à laquelle l’Académie de médecine avait déclaré l’insémination artificielle immorale, depuis 60 ans donc, toutes les réglementations ont été révisées dans le sens de l’abaissement des limites. Citant la phrase gravée sur le frontispice de l’université d’Heidelberg, "un homme ne peut pas être illicite (illégal)", il précise qu’il appartient au juriste de dire le juste ou l’injuste, et si une société veut "sélectionner des hommes pour les détruire, cela n’est pas juste, cela ne peut relever du juriste, du droit".

On sentit peu à peu les membres du panel hésiter entre la peur de mettre au monde un enfant handicapé et la prise de conscience de la gravité de l’enjeu sur le plan humain et social. De nombreuses questions fusèrent : "avez-vous eu le même débat pour l’échographie que pour le DPI ?" "L’enfant a été fait à deux. Est-il normal que le père n’ait pas son avis à donner dans une IMG ?", et des questions sur l’eugénisme.

Le Pr Mattéi expliqua que la décision individuelle du couple qui décide une IMG "n’est pas de l’eugénisme" – mais que les chiffres qui indiquent que 96% des enfants trisomiques dépistés sont avortés nous dessinent les contours d’une "collectivité eugénique""Les couples n’ont pas conscience de l’eugénisme".

Toutefois, rappela le Pr Galloux, l’article 16.4 introduit dans le code civil le 29 juillet 2004, stipule que "toute pratique eugénique tendant à l’organisation de la sélection des personnes est interdite". Or l’Etat oblige les médecins à proposer les tests et l’Etat les rembourse, il s’agit bien d’une organisation.

Le mot de la fin fut donné par Marie Thérèse Hermange, qui évoqua une "humanité surnuméraire". Embryons surnuméraires, fœtus handicapés ou malades : sont-ils de trop ?

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