En France, un recours stable à la “contraception d’urgence” ?

Publié le 11 Oct, 2018

L’enquête Baromètre santé 2016 publiée fin septembre dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire[1], informent des données sur l’utilisation de la contraception d’urgence en France entre janvier et fin juillet 2016. Depuis ces 15 dernières années, l’utilisation des contraceptifs a évolué suite notamment à la crise des pilules et l’accès à la contraception d’urgence (CU) a été facilité. Pour autant, « l’utilisation de la CU n’a pas progressé en France ».

En 2016, 6,2% des femmes âgées de 15-49 ans ont eu recours à la CU au cours des 12 derniers mois. L’utilisation de la CU est plus élevée chez les femmes jeunes : elles sont 21,4% entre 15-19 ans à y avoir eu recours au moins une fois.

La modification de la législation sur la pilule du « surlendemain »[2] en 2015, la rendant accessible sans prescription, n’a pas modifié l’utilisation de la CU.

Un facteur qui semble influencer le recours à la CU est le moyen de contraception habituel de la femme. Ainsi, les femmes sous pilule ou méthode hormonale utilisent plus souvent la CU. Celle-ci est généralement présentée comme la prévention d’une grossesse non désirée en cas d’oubli de pilule ; pilule qui est elle-même déjà vendue comme une prévention. Initialement introduite avec le prétexte de permettre une régulation des naissances « en douceur » pour éviter des avortements, la pilule a montré ses limites : aujourd’hui sur trois femmes qui avortent, deux femmes sont sous contraceptifs (cf. 216 700 IVG en 2017 : A quand une politique de prévention ? et La contraception réduit le nombre d’avortements ? Réponse d’experts). Et la pilule, malgré des remises en question de plus en plus évidentes (cf. “J’arrête la pilule” : Une remise en cause de la contraception hormonale), reste encore majoritairement utilisée par les femmes.

Parmi les autres facteurs, le comportement sexuel : 10,9% des femmes seules au moment de l’enquête ont eu recours à la CU contre 1,1% des femmes en couple. De même, plus le nombre de partenaires au cours des 12 derniers mois était élevé, plus les femmes ont eu recours à la CU : 4,6% des femmes ayant eu 1 partenaire et 22,2% des femmes ayant eu 3 partenaires et plus.

Cette étude a fait couler beaucoup d’encre : on s’interroge sur le fait que le recours à la contraception d’urgence stagne, tout en insinuant qu’il s’agit d’un échec. Mais il serait bon de questionner les motivations du recours à la contraception d’urgence, et d’éduquer à la responsabilité de ses actes, plutôt que d’encourager une fausse liberté.


[1] Source : Bulletin épidémiologique hebdomadaire, Santé publique France (25/09/18).

[2] La pilule du « surlendemain » est une contraception d’urgence à base d’ullipristal acétate dont l’efficacité est plus longue que pour le lévonorgestrel (120 heures contre 72 heures). Cf. EllaOne® vendue sans ordonnance : une mesure contestée.

Partager cet article

Synthèses de presse

Lésions cérébrales : les traitements arrêtés trop tôt ?
/ Fin de vie

Lésions cérébrales : les traitements arrêtés trop tôt ?

Certains patients souffrant de lésions cérébrales traumatiques et décédés après l'arrêt des traitements de « maintien en vie » auraient pu se ...
Estonie : condamné pour assistance au suicide
/ Fin de vie

Estonie : condamné pour assistance au suicide

Le tribunal du comté de Tartu, en Estonie, a condamné un homme en raison de ses activités illégales liées à ...
Guérir le VIH avec CRISPR ? Un essai in vivo décevant
/ Génome

Guérir le VIH avec CRISPR ? Un essai in vivo décevant

La tentative d'Excision BioTherapeutics d'utiliser une thérapie génique basée sur l’outil CRISPR pour guérir le VIH ne s’est pas montrée ...

Textes officiels

Fiches Pratiques

Bibliographie

Lettres