Embryons congelés ou vitrification d’ovocytes ?

Publié le : 22 juin 2010

Le quotidien La Croix publie un dossier intitulé "Vers la fin des embryons surnuméraires ?" Aujourd’hui, en France, existent  155 000 embryons congelés, "soit plus que la population d’Aix-en-Provence", disait récemment Marie-Thérèse Hermange, sénatrice UMP, lors d’une rencontre sur la bioéthique à Versailles. Selon l’Agence de la biomédecine, en 2007, seul 62% des 155 000 embryons conservés dans les centres français d’AMP faisaient l’objet d’un "projet parental" en cours. Pour les embryons dits "surnuméraires" sur lesquels ne reposent pas de "projet parental", la loi prévoit qu’ils soient, au bout d’un certain temps, détruits, donnés à la recherche ou bien confiés à d’autres couples. Des options qui posent de multiples problèmes éthiques.

Certains estiment que la vitrification, technique de congélation ultrarapide des ovocytes  pourrait mettre fin à cette situation (Cf. Synthèse de presse du 20/05/10). La possibilité de congeler les ovocytes rendrait caduque la nécessité de concevoir des embryons in vitro juste après la ponction d’ovocytes chez une donneuse, avant de les congeler dans l’attente de les implanter dans l’utérus des femmes suivant une procédure d’assistance médicale à la procréation (AMP). 

La vitrification est actuellement interdite en France et les avis divergent sur les implications à long terme de cette technique. Pour Patrice Clément, président de la Fédération des biologistes de laboratoire d’étude de la fécondation et de la congélation de l’oeuf (Blefco), la vitrification permettrait de sauvegarder la fertilité des femmes atteintes de cancer et devant suivre une chimiothérapie. Elle aiderait aussi, selon lui, à combler l’actuelle "pénurie d’ovocytes" qui ne permet pas de répondre aux demandes de tous les couples demandeurs d’une AMP chaque année.

Pour le généticien Jean-François Mattei, la vitrification des ovocytes serait le moyen de mettre fin, après une période de transition, à la congélation embryonnaire. Ce qui n’est pas de l’avis de tous : si la vitrification pourrait bien réduire la part d’embryons congelés, elle ne permettrait pas de s’en passer totalement selon le généticien François Thépot de l’Agence de la biomédecine. "Admettons […] que l’on décongèle deux ovocytes plutôt qu’un pour se donner plus de chances de succès; et que les deux ovocytes donnent effectivement deux embryons : la future mère ne voudra pas forcément porter deux enfants. Dans ce cas, il faudra bien en congeler un des deux" explique-t-il. Fabienne Bartoli de l’Afssaps partage le même point de vue, même si une diminution du nombre d’embryons congelés grâce à la vitrification lui apparaît comme "un bénéfice éthique non négligeable". Elle reconnaît toutefois que l’on a aujourd’hui peu de recul sur d’éventuelles conséquences à long terme de cette technique : "dans les pays où la vitrification des ovules est pratiquée, des enfants sont certes nés en bonne santé. Mais on ne sait rien de possibles sur-risques de maladies au bout de 20, 30 ou 60 ans".

Jean Leonetti semble confiant sur cette question. Il estime qu’ "il faut encadrer le système sans le bloquer" et il voit dans cette technique une nouvelle avancée pour les couples, qui leur éviterait "d’avoir à prendre une décision lourde de sens". Selon lui, le Parlement devrait, lors de l’examen du rapport de la mission d’information sur la bioéthique, trouver le moyen de protéger l’embryon sans compromettre le développement de nouvelles techniques d’aide à la procréation.

Marie-Thérèse Hermange insiste sur la nécessaire prudence à avoir avant d’envisager une autorisation éventuelle. Que l’on y voit une nouvelle technique d’AMP ou que l’on admette qu’il s’agit d’une technique alternative d’AMP comme le pensent la plupart des biologistes, l’autorisation de la vitrification en France nécessiterait, en plus d’un aménagement de la loi, "un solide encadrement éthique ne permettant la vitrification qu’en cas de traitement stérilisant ou en vue d’une fécondation in vitro (FIV) immédiate". Marie-Thérèse Hermange montre que de multiples questions sont à étudier : combien d’ovocytes ponctionner et comment ? Une fois vitrifié, combien de temps un ovocyte reste-t-il viable ? Elle souligne aussi que la vitrification ne permet actuellement la préservation que d’une partie de l’ovocyte, l’autre portion mourant lors de la décongélation. La sénatrice ne cache pas ses doutes à l’égard de cette technique qui ne garantira sans doute pas la fin de la congélation des embryons mais risque d’ouvrir la voie à la gestion de deux stocks, l’un d’embryons et l’autre d’ovocytes (Cf. Synthèse de presse du 09/06/10). Enfin, elle rappelle l’existence de la technique "consistant à prélever, congeler, puis réimplanter tout ou partie de l’ovaire, l’organe de stockage des ovocytes". Développée au CHU de Limoges, cette technique a l’avantage de rétablir la fécondité de la femme.

La Croix (Marine Lamoureux, Marie-Thérèse Hermange, propos recueillis par Denis Sergent) 22/06/10

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