DPN : témoignages de femmes

Publié le 14 Mar, 2011

Dans le contexte du débat suscité par l’amendement sur le diagnostic prénatal (DPN) adopté par les députés le 11 février 2011 (Cf. Synthèse de presse du 22/02/11), Rue89 publie les témoignages de cinq femmes qui racontent la manière dont elles ont vécu le dépistage de la trisomie 21 durant leur grossesse.

Anne-Cécile, 33 ans, a complètement refusé le test sanguin : elle et son mari avaient l’intention de garder le bébé quoi qu’il arrive. "Je ne me sens pas en droit de décider qu’un enfant ne peut pas vivre parce qu’il est trisomique, ce n’est en aucun cas un jugement des décisions des autres, mais uniquement mon sentiment", explique-t-elle. Elle déclare n’être pas sûre que la prise de sang, premier pas du dépistage, soit une bonne chose : les résultats sont trop aléatoires et on inquiète souvent les femmes pour rien.

Marie, 33 ans, a subi un "avortement thérapeutique" en juin 2010 suite à un diagnostic de trisomie 18 sur le fœtus ; en octobre, à nouveau enceinte, elle refait le test sanguin suivi d’une amniocentèse. "On m’avait parlé d’un protocole de dix jours et en fait, on a attendu quatre semaines. Quatre semaines avant d’être parfaitement rassurés", témoigne-t-elle. Les résultats étaient négatifs mais alors qu’elle est à la fin de son cinquième mois, Marie dit commencer "tout juste à se détendre".

Anna a 50 ans et est mère de trois enfants. Elle a fait le test sanguin lorsqu’elle a été enceinte à l’âge de 38 ans. Pour elle, ce test est "sans risque physique mais ce n’est pas sans conséquences psychologiques puisqu’il y a des faux négatifs, des faux positifs et que cela apporte de l’anxiété mais pas vraiment de réponses". Malgré le léger doute subsistant, elle a refusé l’amniocentèse après la prise de sang par peur de faire une fausse-couche. Elle estime que dans cette situation, un tel refus est un "libre choix encombrant qu’une femme enceinte ne peut porter seule".

Halina, 28 ans et enceinte de son deuxième enfant, a fait la prise de sang pour chacune de ses grossesses. Elle estime que si celle-ci avait détecté quelque chose d’anormal chez l’enfant, elle aurait avorté. Pour elle, si les médecins proposent systématiquement ce test, c’est qu’il y a des risques : "il vaut mieux le savoir dès le départ".

Nathalie, 39 ans, a été trois fois enceinte. Lors de la deuxième grossesse, l’échographie du sixième mois a révélé que le fœtus était lourdement handicapé. Nathalie n’a alors pas poursuivi sa grossesse. Elle a ensuite fait une fausse-couche avant d’avoir un autre enfant. Elle affirme que si le DPN avait dépisté un enfant trisomique 21, le couple ne l’aurait pas gardé : "On en avait parlé avant, ça fait mal de perdre un enfant, très mal, mais je ne pourrais pas imposer ça. Qui s’en occupe s’il arrive quelque chose aux parents ? C’est peut-être égoïste, mais quel avenir pour un enfant trisomique ? C’est une charge énorme…Et puis la France n’aide pas beaucoup les familles dans ces cas-là."

Rue89 (Elise Anne) 13/03/11

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