DPN par analyse du génome foetal

Publié le : 21 janvier 2011

Dans la Revue médicale suisse, Jean-Yves Nau revient sur les travaux du Pr. Dennis Lo de l’université chinoise de Hong Kong qui a analysé la totalité du génome d’un foetus à partir d’une simple prise de sang effectuée chez la mère (Cf. Synthèse de presse du 10/12/10).  Le Pr. Lo travaille depuis plus de dix ans sur ce diagnostic prénatal à partir du sang maternel. Précisant que cette technique a pour inévitable corollaire d’identifier toute une gamme d’anomalies et de proposer, en cas de diagnostic positif, une interruption "médicale" de grossesse, Jean-Yves Nau fait remarquer "la somme vertigineuse des questions éthiques et des conséquences sociales qui en résulterait".

En France, le Dr. Jean-Marc Costa, spécialiste de la recherche d’ADN foetal dans le sang maternel pour la détermination du rhésus D et du sexe, a jugé "racoleuse" la présentation de ses résultats par le Pr. Lo. Pour le Dr. Costa, ces travaux n’auront, dans le meilleur des cas, pas d’application pratique avant plusieurs années : "ces chercheurs amènent une preuve de concept, mais ils ont recours à un séquençage massif, une technique très compliquée dont le format semble peu compatible avec les laboratoires de diagnostic prénatal". Il reste que cette technique soulève de nombreuses questions : quelles affections rechercherait-on par ce moyen et à quel titre? "Tout ce qui est possible doit-il être réalisé? Les "avancées thérapeutiques" dans ce domaine ne sont-elles rien d’autre qu’une marche forcée vers un "eugénisme démocratique" ?" Jean-Yves Nau évoque la récente création du Comité pour sauver la médecine prénatale qui réunit un peu plus de 150 professionnels de la naissance, gynécologues, infirmiers, échographistes, sages-femmes, pour lesquels "le dépistage généralisé de la trisomie 21 tend à devenir une pratique eugénique". Ces professionnels ont lancé un appel pour que soit réformée en profondeur "notre approche du handicap et de son dépistage" (Cf. Synthèse de presse du 08/12/10).

Dans l’hebdomadaire Panorama du médecin qui aborde le dépistage précoce de la trisomie 21, le Pr. R. Favre déplore l’absence de formation des équipes obstétricales ainsi que "l’existence d’un lobbying des laboratoires de biologie qui souhaitent garder le contrôle du calcul de risque". Il note que "le calcul du risque combiné par les biologistes complique souvent le rendu des résultats auprès des femmes". Il regrette également que le consentement des patientes ne soit pas pris davantage en considération : "la volonté des 7 à 8% de femmes qui ne sont pas intéressées par ce dépistage n’est pas respectée". Il souhaite une réflexion de fond sur ce sujet.

Revue médicale suisse (Jean-Yves Nau) 12/01/11 - Panorama du médecin (Dr. Corinne Tutin) 17-23/01/11

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