Des ovocytes d’hommes transsexuels maturés hors du corps

Publié le 3 Mai, 2022

Des chercheurs de l’université d’Edimbourg affirment être parvenus à prélever des ovocytes d’hommes transsexuels [1] et à les « préparer à la fécondation ». Un processus « entièrement réalisé en dehors du corps ». L’équipe dirigée par Evelyn Telfer, biologiste de la reproduction, estime que ce procédé pourrait permettre d’obtenir « des ovules viables même après des années de traitement à la testostérone ». Ces travaux ont été présentés lors de la réunion annuelle de la Society for Reproductive Investigation à l’occasion de sa réunion annuelle, mais n’ont pas encore été publiés.

L’effet de la testostérone

Pour mener cette étude, les scientifiques ont travaillé sur huit ovaires donnés à la recherche par des hommes transsexuels. Ils les ont comparés avec des fragments d’ovaires donnés par des femmes subissant une césarienne, d’« âges similaires ». Une comparaison qui a révélé les différences entre les tissus : les ovaires des hommes transsexuels « contenaient plus de collagène et moins d’élastine, ce qui rendait le tissu plus rigide ». Ce qui pourrait conduire à une croissance des follicules et une libération d’ovules matures « plus difficiles ».

Par ailleurs, en analysant 4 526 follicules provenant des huit ovaires exposés à la testostérone, les chercheurs ont constaté qu’« environ 94% des follicules ne se développaient pas, contre 85% dans les morceaux d’ovaire non exposés à la testostérone ».

Un processus hors du corps non maîtrisé

Pour faire maturer les ovocytes, la méthode développée par les scientifiques consiste à « découper le tissu entourant chaque follicule », puis à l’« étirer » in vitro. Ce qui « semble déclencher » la libération d’ovules matures.

Les chercheurs affirment avoir réussi « à faire mûrir un petit nombre d’ovocytes jusqu’au point où ils sont prêts à être fécondés par des spermatozoïdes ». Des ovules qui « n’avaient pas un aspect tout à fait normal », reconnaissent-ils. Les globules polaires formés lors de la méiose [2] avaient « une taille inhabituelle ». « J’aimerais que notre système de culture soit plus robuste avant de tenter la fécondation », explique Evelyn Telfer.

D’autres recherches prévues

En théorie, l’équipe pourrait utiliser des techniques de fécondation in vitro pour fabriquer des embryons avec ces ovules, et ces embryons pourraient être implantés dans l’utérus d’une femme. Au Royaume-Uni, l’équipe devrait obtenir une autorisation de la Human Fertilisation and Embryology Authority pour ce faire. Aucune autorisation de ce type n’est en revanche requise aux États-Unis.

Mais en raison des anomalies observées, les scientifiques envisagent de continuer leurs recherches sur le mouton. Des expériences qui devraient avoir lieu « dans le courant de l’année ».

Pour Kutluk Oktay, endocrinologue de la reproduction et spécialiste de la préservation de la fertilité à la Yale School of Medicine, « la congélation d’ovaires pourrait être une alternative à la congélation d’ovocytes ». « Une petite biopsie des ovaires (…) pourrait suffire à produire beaucoup de bébés », explique-t-il. Un processus qu’il s’attend à voir « largement utilisé » s’il peut être fait « efficacement ».

 

[1] c’est-à-dire des personnes nées femmes et devenues hommes à l’état civil

[2] Processus de division cellulaire au cours duquel le nombre de chromosomes est réduit de moitié

Source : MIT, Jessica Hamzelou (26/04/2022)

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