Des errements déontologiques dans la procédure d’euthanasie de Vincent Lambert

Publié le : 16 décembre 2013

 

 Malgré les dissonances familiales, l’ordonnance du juge des référés du 11 mai dernier, et les diverses prises de paroles des autorités médicales, « la procédure d’euthanasie [de Vincent Lambert] n’a pas été suspendue ». Après un accident de la route, Vincent Lambert est hospitalisé au CHU de Reims depuis 5 ans, où il vit dans un état « pauci-relationnels » (Cf. Synthèse Gènéthique du 14 mai 2013). Les 1.500 patients dans ce même état bénéficient d’une « prise en charge s’inscri[vant] toujours dans un projet de vie, et pour cause : ils ne sont pas en fin de vie » explique le Dr Bernard Jeanblanc, chef de service d’une unité pour polyhandicapés et d’une unité de vie spécialisée pour les « pauci-relationnels ». Il vient de rédiger un rapport après avoir rencontré Vincent Lambert. Pour lui, « l’hospitalisation de Vincent Lambert dans un service de soins palliatifs est une inadéquation totale, il n’a rien à faire là ».

 

Il relève ainsi plusieurs anomalies dans ce dossier. Puisque Vincent Lambert est incapable de communiquer, comment le Dr Kariger peut-il « soutenir avec une telle force de conviction qu’il a exprimé un refus de vivre ? Nous sommes dans l’interprétation pure et simple« .  Par ailleurs, dans son rapport il rappelle le « principe élémentaire », récemment réaffirmé par le Pr. Didier Sicard, de faire prévaloir le droit à la vie lorsqu’aucun consensus familial n’a pu être trouvé. « L’intervention de médecins en désaccord médical et déontologique avec ce processus de fin de vie » enflamme les débats. Outre le Dr. Bernard Jeanblanc, Xavier Ducrocq, professeur de neurologie et d’éthique au CHU de Nancy, avait été invité par le Dr. Kariger, « à la demande des parents », pour prendre part au protocole. Il avait alors signifié que « son état ne relevait pas d’un service de soins palliatifs, mais bien d’un établissement spécialisé dans l’accueil de patients présentant un handicap lourd » et pointé du doigt la « mascarade » de la collégialité avant d’annoncer que « la décision de mort [avait été] prise depuis longtemps ».  Remettant en doute les pratiques du CHU de Reims, Xavier Ducrocq a saisi l’Ordre des médecins, afin de pouvoir accueillir Vincent Lambert dans son hôpital. En attendant la décision, le Dr Kariger explique qu’« il est de [s]on devoir et de [s]a responsabilité de mener à bien [la procédure d’euthanasie] ».

 

« La contestation monte » et pas seulement du côté des autorités médicales. Les parents de Vincent Lambert, qui s’opposent à son euthanasie, et dont l’avis n’a pas été pris en compte par l’équipe médicale avant qu’elle ne stoppe son alimentation, dénoncent un « acharnement euthanasique ». En effet, alors qu’ « aucune dégradation n’est venue altérer l’état de santé de Vincent Lambert », celui-ci avait été transféré vers une unité de soins palliatifs. Une plainte criminelle « pour tentative d’assassinat sur personne vulnérable » contre le CHU de Reims et le Dr. Kariger est en cours de constitution.

 

C’est dans ce climat incandescent, qu’est publié ce jour le rapport faisant suite aux « conférences citoyennes » sur la fin de vie. 

<p> Le Figaro (Delphine de Mallevoüe) 14-15/12/13</p>

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