Des embryons hybrides humain-animal bientôt en Grande-Bretagne ?

Publié le : 1 mai 2007

En Grande-Bretagne, le gouvernement vient d’autoriser, le 17 mai, la création d’embryons hybrides humain-animal pour la recherche. La loi autorise une durée de vie de 14 jours de ces embryons et interdit leur implantation dans l’utérus. En 2004, ce pays a été le premier en Europe à autoriser la création d’embryons humains pour la recherche.

 

Créer des clones hybrides malades

 

Une équipe de biologistes du King’s College de l’université de Londres avait demandé il y a six mois à la Human Fertilisation and Embryology Authority (HFEA) l’autorisation de créer ces embryons par clonage en introduisant des noyaux de cellules humaines somatiques dans des ovocytes énucléés de lapin, de porc ou de vache. Cet hybride ne serait donc pas une chimère issue de la fusion de deux cellules ou de deux embryons mais le fruit d’un clonage inter-espèces. L’objectif affiché est de comprendre certaines maladies génétiques incurables comme la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson. Les cellules seraient prélevées sur des patients malades et porteraient donc le gène responsable de la maladie.

 

Le « cybride »

 

Cet embryon, appelé « cybride » (par fusion des mots « cytoplasme » et « hybride ») ne serait pas totalement humain. En effet, l’ADN, dans le noyau de la cellule, serait humain, mais l’ADN mitochondrial du cytoplasme serait, lui, animal. Pour Stephen Minger, chercheur au King’s College, l’autorisation de création d’hybrides homme-animal offrirait aux scientifiques du monde entier un matériel biologique incomparable et illimité pour analyser une maladie, envisager des molécules thérapeutiques et les tester à large échelle sur ces modèles humains. Le professeur Marc Peschanski estime que « les hybrides représentent une alternative intéressante », même s’il reconnaît que l’objectif de cette création n’est pas la thérapie mais la recherche médicale. « Faire croire que l’on fera de la thérapie cellulaire à partir d’hybrides, c’est agiter un chiffon rouge qui n’est pas réaliste ».

 

Tsunami éthique

 

Ces recherches soulèvent de grandes questions éthiques.

 

En France, la loi de bioéthique du 6 août 2004 prohibe la création d’embryon humain par clonage ainsi que toute création d’embryon pour la recherche. Pour Jean-Claude Ameisen, président du Comité d’éthique de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), « les expériences envisagées en Grande-Bretagne, pourraient a priori résoudre certains problèmes éthiques liés au clonage à visée thérapeutique ». Elles éviteraient « notamment le recours au don d’ovocytes qui peut présenter un risque pour la santé de la femme. Mais pour les personnes qui refusent la création d’un embryon humain à seule fin de destruction pour la recherche, elle rajoute un problème éthique : celui du statut, à la fois humain et animal, de tels embryons ».

 

Mgr Elio Sgreccia, président de l’Académie pontificale pour la vie, a dénoncé avec force la création de ces embryons composés de matériel génétique humain et animal. « La création d’un hybride homme-animal est une frontière qui avait été interdite, jusqu’à aujourd’hui, et par tous, dans le domaine des biotechnologies.«  « Et cela, justement parce que la dignité humaine est compromise, offensée, et qu’on peut ensuite créer des monstruosités à travers ces fécondations. »

Mgr Sgreccia rappelle que « la création d’un être homme-animal représente une frontière violée dans le domaine de la nature, la plus grave« , ce qui entraîne une condamnation morale totale.

 

Pour lui, « il n’y a aucun besoin de cette décision » : « si on cherche les cellules souches capables de soigner la maladie d’Alzheimer ou la maladie de Parkinson […], il y a les cellules souches adultes, celles du cordon ombilical, celles de l’homme pour pouvoir faire face – avec confiance – à ces frontières ».

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