Dès cinq jours de développement, l’embryon communique avec sa mère

Publié le 23 Sep, 2021

Des scientifiques de l’université de Manchester et du Manchester University NHS Foundation Trust ont découvert un moyen par lequel les embryons communiquent avec leur mère, alors qu’ils n’ont que cinq ou six jours, soit avant l’implantation de l’embryon dans l’utérus. Des résultats qui semblent nouveaux mais les moyens mis en œuvre pour les obtenir s’opposent aux principes élémentaires de l’éthique.

Leur étude est publiée dans la revue Human Reproduction [1].

Les embryons capables de distinguer ce qui n’est pas leur être

Les chercheurs ont montré que lorsque des cellules étrangères sont détectées par les récepteurs TLR [2] (Toll Like Receptors) de l’embryon, il libère une protéine : la cytokine[3]. Ainsi, les embryons sont capables de détecter les cellules étrangères (le « non-soi »), y compris les agents pathogènes, dans leur environnement.

« Les embryons humains aux premiers stades de développement sont très sensibles à leur environnement local, mais avant cette étude, on savait relativement peu de choses sur la façon dont ils détectent et répondent à des signaux environnementaux spécifiques, explique le professeur Daniel Brison, professeur honoraire à l’université de Manchester, directeur scientifique du département de médecine de la reproduction de l’hôpital Saint Mary et auteur principal de l’étude. Nous savions déjà que les embryons communiquent avec leur mère lorsqu’ils commencent à s’implanter, mais nous ne savons pas pourquoi ce nouveau signal se produit. » [4] Peut-être s’agit-il d’un « moyen supplémentaire pour signaler une réponse inflammatoire au tractus maternel [5] en réponse à des agents pathogènes, ou de moduler le processus d’implantation et le début de la grossesse ».

Des données qui « suggèrent également un équilibre entre la suppression et la stimulation de la réponse immunitaire innée chez l’embryon », affirme Daniel Brison. Ce qui « peut refléter la nécessité de la survie de l’embryon en présence de cellules étrangères, par rapport à la nécessité pour le tractus maternel de répondre à l’infection ».

Les chercheurs espèrent que leurs résultats déboucheront sur une meilleure compréhension de la « conception naturelle et artificielle » : pour expliquer pourquoi certains embryons ne s’implantent pas dans l’utérus, ou même « aider à identifier la qualité des embryons de FIV qui se développent en culture ».

Un statut variable ?

Pour mener cette recherche, les scientifiques ont utilisé 25 embryons humains âgés de cinq jours. Des embryons « surnuméraires » fabriqués dans le cadre d’un parcours de procréation médicalement assisté et donnés à la recherche. De ce fait, on peut légitimement s’interroger sur l’opportunité de travaux qui, pour être menés à bien, passent par la destruction d’embryons. Des embryons « abandonnés » par leurs parents, mais dont le processus vital reste intact.

En effet, bien que l’embryon demeure embryon, son sort peut être bien différent selon qu’il existe un projet parental ou que celui-ci ait été mis de côté, les parents estimant que leur famille est « complète » ou ayant modifié leur « projet » initial. Dans les deux cas, l’embryon est de même nature, mais son destin est suspendu au bon vouloir de tiers : embryon désiré qui échangera avec sa mère via ce nouveau processus mis à jour, ou matériel de laboratoire ?

N’existait-il aucune alternative à l’utilisation d’embryons humains ? A l’heure où la dignité est invoquée à tout va, souvent pour justifier l’injustifiable jusqu’à l’assistance médicale à mourir (cf. Olivier Rey : « En ayant décrété “le droit à mourir dans la dignité”, on se trouvera dans les faits à avoir étendu le domaine de l’indignité »), celle des embryons ne semble pas peser lourd (cf. Le principe constitutionnel de dignité à l’origine des lois de bioéthiques est-il en fin de vie ?).

En tout état de cause, cette recherche vient rejoindre toutes celles qui montrent que le lien mère-enfant se tisse dès les premiers instants de développement de l’embryon dans le sein maternel (cf. L’empreinte génomique parentale et la « symphonie de la vie »). Dès lors, ne serait-il pas sage de se garder des manipulations en tous genres, de la congélation des embryons à la maternité de substitution ?

 

[1] Wedad S Aboussahoud et al, The expression and activity of Toll-like receptors in the preimplantation human embryo suggest a new role for innate immunity, Human Reproduction (2021). DOI: 10.1093/humrep/deab188

[2] Des protéines de l’embryon.

[3] Ailleurs dans l’organisme, la cytokine, appelée interleukine 8 (IL8), joue habituellement un rôle dans le système immunitaire.

[4] Is anybody out there? Human embryos make contact with mother-to-be, Mike Addelman, University of Manchester, Phys.org (14/09/2021).

[5] Ensemble formé par les trompes de Fallope, l’utérus et le vagin.

Photo : goodinteractive de Pixabay

Partager cet article

Synthèses de presse

Irlande : un couple de femmes reconnu comme « famille de deux mères »
/ PMA-GPA

Irlande : un couple de femmes reconnu comme « famille de deux mères »

Ranae et Audrey ont deux filles. Elles sont issues d’une « maternité partagée » ou ROPA (Réception d’ovule du partenaire) ...
57_justice_usa_16
/ IVG-IMG

USA : 12 Etats poursuivent en justice l’administration Biden au sujet de l’avortement

Le procureur de l’Ohio Dave Yost a intenté une action au sujet d'une règlementation sur l'avortement, devant le tribunal de ...
Une gynécologue devant le Conseil de l’Ordre pour sa prise en charge d’un jeune homme
/ Genre

Une gynécologue devant le Conseil de l’Ordre pour sa prise en charge d’un jeune homme

Le jeune homme à l’état civil souhaitait se voir prescrire « une hormonothérapie féminisante ». Sa mère, inquiète, a contacté ...

Textes officiels

Fiches Pratiques

Bibliographie

Lettres