Dépénaliser le suicide assisté augmente le nombre de suicides

Publié le : 21 septembre 2020

C’est une forme de contagion : quand un pays dépénalise le suicide assisté, la mort devient une possibilité, et le nombre de suicides augmente.

D’après Théo Boer, professeur d’éthique des soins de santé aux Pays-Bas et d’histoire de l’éthique au Royaume-Uni, il existe plus de cinquante études qui démontrent le principe du suicide par imitation, ou effet Werther. « Non sans raison, et sur les conseils de l’Organisation mondiale de la santé, les médias se donnent beaucoup de mal pour censurer les détails qui pourraient déclencher d’autres suicides ». Mais les mêmes médias font preuve de beaucoup moins de « prudence » quand ils relatent des histoires de suicides assistés, avec une « sympathie mal informée et naïve ».

Les partisans de l’euthanasie avancent souvent comme argument que le suicide assisté apporte une mort douce à ceux qui se seraient suicidés violemment. Ou que la possibilité de recourir au suicide assisté rassurerait des patients, et préviendrait certains suicides. « J’admets que ces arguments peuvent tenir dans certains cas individuels admet Théo Boer. Cependant, dans l’ensemble, l’argument est erroné ». Dans le cas des Pays-Bas, par exemple, l’euthanasie est possible pour tous les patients communément considérés comme « à risque » de suicide : « Les patients psychiatriques, les personnes atteintes de maladies chroniques, les patients atteints de démence et les personnes âgées sans maladie terminale ». Et pourtant, depuis douze ans, on observe une hausse de 33,8 % des suicides (1 353 en 2007, 1 811 en 2019). Par comparaison, en Allemagne, pays « dont la population ressemble beaucoup à celle des Pays-Bas en termes d’âge, d’économie et de religion », le nombre de suicides a diminué de 10 % sur la même période. On assiste à un « effet normalisant » du suicide sur la population générale, explique le professeur d’éthique. « S’il y a une chose que j’ai apprise dans mon pays, c’est que la légalisation de l’aide à la mort ne limitera pas le nombre de personnes concernées », conclut-il.

D’ailleurs, explique Théo Boer, la plupart des militants pro-euthanasie « considèrent la légalisation du suicide assisté des patients en phase terminale comme un simple tremplin vers une plus grande libéralisation ». Au Canada, où la dépénalisation de 2016 ne concernait que les patients en phase terminale ayant moins de six mois à vivre, la Cour Suprême a rapidement jugé que cette loi était discriminatoire, et qu’elle devait être élargie à tous les patients, indépendamment de leur espérance de vie. Et au Pays-Bas, un projet de loi se prépare pour ouvrir l’euthanasie aux plus de 75 ans.

Au Royaume-Uni, il y a eu 6 500 suicides en 2018, selon l’Office des statistiques Nationales. Une légère augmentation de ce chiffre pourrait amener plusieurs centaines de décès supplémentaires. « La légalisation de l’assistance à la mort, alerte Théo Boer,  n’entraînera pas seulement des dizaines de milliers de cas d’assistance à la mort – les Pays-Bas, avec 17 millions d’habitants, comptent entre 6 000 et 7 000 cas d’assistance à la mort par an – mais pourrait bien contribuer à ce que davantage de personnes, et non pas moins, s’ôtent la vie ».

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