Décryptage : « Le choix mortel de l’euthanasie »

Publié le : 10 février 2012

Le 9 février 2012 dans l’hebdomadaire Valeurs Actuelles, Pierre-Olivier Arduin, docteur en philosophie est revenu sur la proposition 21 de François Hollande, dans laquelle il s’engageait à légaliser l’euthanasie. Selon le philosophe, si la formulation se veut "rassurante", "l’arrière-plan philosophique du propos censé légitimer l’administration médicale de la mort est redoutable".

Pierre-Olivier Arduin décrypte "l’idée pernicieuse" qui voudrait faire croire que "le geste euthanasique permettrait de conserver la dignité". En effet, "on ne peut nier que la personne qui voit se flétrir son corps et ses facultés puisse éprouver un sentiment d’une dignité diminuée", pourtant "au-delà de toutes nos appréciations subjectives, le malade possède une dignité inhérente". Le philosophe ajoute que "la dignité n’est pas un attribut qui peut être mesuré", qui ne dépend "ni du regard posé par autrui ou la société ni de l’idée que l’on se fait de soi-même". Au contraire, elle est une "qualité dont l’être humain jouit par nature". C’est d’ailleurs au nom de cette "loi fondamentale" que le 25 janvier 2012, le Conseil de l’Europe a fermement condamné toute pratique du "suicide médicalement assisté" ou d’euthanasie (Cf. Synthèse de presse du 27/01/12).
Pour le philosophe, le second argument de François Hollande consisterait à dire que l’euthanasie serait "justifiée dès lors qu’elle serait choisie librement". Mais Pierre-Olivier Arduin explique qu’elle "n’est pas et ne sera jamais le lieu d’exercice d’une liberté purement isolée", puisque pour être effective, cette liberté instrumentalise celle des soignants, l’ "utilisant comme un prestataire de services pour l’exercice d’une préférence individuelle".
Dans un troisième temps, il objecte que "la demande de mort d’un malade n’est souvent que l’expression d’un appel au secours". Il explique que cette demande émanerait d’une "personne pour qui la vie est devenue insupportable et qui estime qu’elle n’a pas d’autre choix que de l’interrompe". En ce sens, comme le dit Axel Kahn, elle "est tout à fait le contraire d’une liberté".

Pierre-Olivier Arduin note pour finir qu’en ces temps de crise économique, une légalisation de l’euthanasie représenterait "une variable d’ajustement économique", puisque l’on sait qu’ "une injection mortelle […] coûte moins d’un euro" et qu’ "une journée d’hospitalisation en réanimation dépasse les 1 500€". Quant à la problématique de la fin de vie, il conclue que la loi Leonetti apporte déjà une vraie réponse : "En récusant tant l’acharnement thérapeutique que la piqûre létale, la France a su […] faire le choix de la sollicitude humaine envers les plus fragile et tracer une voie originale pour le respect de la dignité des malades, regardée avec intérêt par de nombreux Etats européens".

Valeurs Actuelles 09/02/12

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