De la FIV à l’acharnement procréatif

Publié le : 17 janvier 2003

Dans le cadre des techniques de procréation assistée, le magazine L’Express ouvre le débat "acharnement procréatif : où est l’intérêt de l’enfant ?" alors que le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) doit rendre d’ici peu un avis sur les dangers de l’ICSI (injection intracytoplasmique de spermatozoïdes). En 2000 (derniers chiffres connus), 38 000 fécondations in vitro (FIV) et ICSI ont été tentées aboutissant à 6 000 grossesses, soit un taux de réussite de 15%.

Le Pr Didier Sicard, président du CCNE, et Marie-Hélène Mouneyrat, secrétaire générale, lancent un "cri d’alarme". Car s’ils se réjouissent de voir reculer les problèmes d’infertilité des couples, ils s’inquiètent de l’aveuglement qui conduit certains parents à un véritable "acharnement procréatif" et certains médecins à mettre en oeuvre des techniques de procréation sous-évaluées. Selon la loi, les techniques d’assistance médicale à la procréation (AMP) ont pour but de "remédier à la stérilité d’un couple". Or aujourd’hui, dénonce Didier Sicard, c’est "le désir [d’enfant] des adultes qu’on sacralise" en oubliant l’enfant, les risques qui pèsent sur lui tant sur le plan médical que psychologique.
Pour le Pr Didier Sicard et Marie-Hélène Mouneyrat, il est urgent de se demander s’il faut continuer à satisfaire tous les désirs de parentalité alors même que les techniques employées font courir des risques à l’enfant.
Ainsi, la technique de l’ICSI, qui consiste à injecter directement un spermatozoïde dans l’ovule, s’est développée sans précaution, hors de toute réglementation et sans être soumise à une expérimentation animale suffisante. Cette technique comporte des risques pour l’enfant : transmission de la stérilité du père au fils et d’anomalies chromosomiques (cf. revue de presse du 16/01/03). Pourtant en 2000, le nombre de fécondations par ICSI a dépassé celui des fécondations in vitro (FIV) classiques. Dans le cadre de l’AMP, l’ICSI s’adressait à des couples dont l’homme avait des spermatozoïdes trop rares ou trop peu mobiles pour procréer. Aujourd’hui, des médecins prennent le risque d’injecter dans l’ovocyte des spermatozoïdes totalement immatures (spermatides ou spermatocytes). Didier Sicard montre que, dans ce cas, le risque potentiel pour l’enfant s’est effacé devant l’intérêt immédiat du couple.
Didier Sicard rappelle que les fonds qui sont consacrés à l’AMP – la France est au premier rang dans le monde pour ces dépenses – le sont hors de tout débat public. La France est le seul pays au monde qui rembourse l’AMP.
Pour lui, "il serait légitime que la société se prononce sur ces choix"."Les générations actuelles doivent prendre leurs responsabilités à l’égard des générations futures".

C‘est Claire Brisset, "défenseur des enfants" (nommé à ce poste par Lionel Jospin en mars 2000) qui a saisi le CCNE, en novembre 2001, pour "procéder à une évaluation rétrospective de l’ISCI dont nous ne connaissons pas les effets". L’"acharnement procréatique" dans lequel on laisse des parents s’enferrer lui paraît très grave. Selon elle, "on est dans le mirage technologique".

Pour le Pr René Frydman, chef du service de gynécologie-obstétrique de l’hôpital Antoine-Béclère à Clamart, dans le cadre des techniques de procréation assistée il n’y a pas de dérives, "simplement un manque de réponses objectives, dû à une absence de vraie évaluation des multiples aspects de cette pratique et des nouveautés technologiques".

Marcela Iacub, juriste, est choquée de la différence de traitement que notre société réserve au projet parental selon qu’il vient d’un couple fertile ou d’un couple qui pour des raisons biologiques ou liées à son orientation sexuelle ne peut concevoir de manière naturelle. Elle regrette que "la loi exclut [de la procréation] les personnes seules, les femmes trop âgées, les couples homosexuels, bref, tous ceux qui ne peuvent pas laisser penser qu’un coït fécond a été à l’origine de l’enfant né par ces artifices".

Le Pr François Olivennes, responsable de l’unité de médecine de la reproduction à l’hôpital Cochin, refuse le terme d’ "acharnement procréatif" car "le désir d’enfant d’une femme est irrépressible". Il regrette qu’aujourd’hui l’efficacité des techniques d’AMP soit évaluée en terme de taux de grossesse, sans s’occuper de la santé des mères et des enfants : "pour obtenir un bon rendement, on implante plusieurs embryons" provoquant des grossesses multiples et de forts risques de prématurité chez les enfants. En Suède, les médecins ne peuvent implanter qu’1 embryon par implantation. Le gouvernement suédois a même menacé d’arrêter les FIV si cette obligation n’était pas respectée. Le Pr. Olivennes serait favorable à ne réimplanter qu’1 embryon pour les couples dont le pronostic de grossesse est très favorable (de 20 à 30% des cas) "quoi qu’en pensent les parents".

Geneviève Delaisi explique qu’"il ne faut pas diaboliser l’AMP, qui contribue à réparer le narcissisme blessé des parents". Pour elle, "il n’existe ni dans la loi française ni en psychanalyse de tampon pour une bonne parentalité".

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L'Express (Jacqueline Rémy, Romain Conty) 16/01/03

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