CRISPR-Cas9 : la recherche sur embryons pose toujours question

Publié le 19 Déc, 2016

En 2012, la française Emmanuelle Charpentier et l’américaine Jennifer Doudna découvrent l’outil de modification génétique CRISPR-Cas9, qui démocratise la recherche en thérapie génique. Les 2 femmes reçoivent cette année le prix Gairdner. CRIPSR-Cas9 permet d’éliminer et d’ajouter des fractions de matériel génétique. Cette technologie peut être utilisée pour neutraliser des gènes, en introduire d’autres en vue de créer des modèles animaux, corriger des maladies génétiques mais aussi être utilisée comme un médicament direct (cf. CRISPR : pour un remède potentiel à la drépanocytose ?).

 

Toutefois, la publication d’un essai chinois sur des embryons humains au moyen de cette technique a soulevé des nombreuses questions éthiques (CRISPR : en attente du débat éthique qui ne vient pas). En effet, l’application possible de CRISPR à l’embryon et aux cellules germinales soulève les risques d’eugénisme, de « bébé à la carte » et de transmission aux générations futures (cf. Modification génétique d’embryons humains : début des travaux en Suède). Les scientifiques chinois ont également souligné que le danger de « mutations hors cible » n’était pas encore totalement maîtrisé (Modification génétique de l’être humain : la Chine en première ligne).

 

La convention d’Oviedo sur les droits de l’homme et de la biomédecine établie en 1997 pourrait encadrer l’outil CRISPR : se référant aux cellules germinales, l’article 13 stipule : « Toute modification doit profiter à la santé humaine (prévention, diagnostic, thérapeutique) et l’intervention ne doit pas introduire de modification dans le génome de la descendance ».

 

La France fait partie des 28 pays qui l’ont ratifié contrairement aux États-Unis, à la Grande-Bretagne et à la Chine (cf. CRISPR : l’édition du génome en débat). Mais en France, le président de l’OPECST[1], Jean-Yves Le Déaut, a soutenu un consensus début 2016 qui milite pour une recherche la plus large possible, y compris sur l’embryon (cf. Des ONG réclament un moratoire sur les techniques de “forçage génétique”).

 

En juin dernier, le Comité d’éthique de l’INSERM a émis 5 types de recommandations : « encourager une recherche pour évaluer l’efficacité et l’innocuité de la technique CRIPSR, y compris sur des cellules germinales et de l’embryon ; les effets indésirables du guidage de gènes doivent être évalués dans des laboratoires respectant les règles de confinement, suffisamment longtemps et avec des mesures de réversibilité ; respecter l’interdiction de toute modification du génome nucléaire germinal à visée reproductive dans l’espèce humaine ; participer à toute initiative nationale ou internationale sur la question de la liberté de la recherche et d’éthique médicale, en particulier dans les pays émergents et enfin, attirer l’attention sur la question philosophique de la plasticité du vivant » (cf. Une thérapie génique plus efficace que CRISPR ?).

 

[1] Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques.

Le Quotidien du Médecin (Laëtitia Vergnac) 19/12/2016

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