Covid-19 : révélateur du business de la procréation ?

Publié le : 12 mai 2020

Face à l’épidémie de Covid-19, l’American Society for Reproductive Medicine (ASRM), « principal organisme professionnel de l’industrie de la fertilité », a recommandé de suspendre tous les nouveaux cycles de stimulation ovarienne des parcours de procréation médicalement assistée (PMA). Une décision qui a affecté « des dizaines de milliers de patientes ». Et « les enjeux sont intrinsèquement élevés » : « des milliers, voire des dizaines de milliers de dollars de coûts, et des traitements hormonaux invasifs avec des effets secondaires potentiellement graves, tout cela pour l’espoir d’un bébé tant désiré ».

 

Dans « un secteur en pleine croissance et de plus en plus lucratif », l’épidémie est arrivée « alors que l’industrie de la fertilité connaissait une expansion et un changement de structure rapides ». En effet, toujours plus personnes tentent d’avoir des enfants tard dans la vie. En 1972, les femmes avaient leur premier enfant à 21 ans en moyenne. En 2016, cet âge était passé à 26 ans, et dépassait 30 ans pour « les femmes titulaires d’un diplôme universitaire ». Et quand la congélation des ovocytes a cessé d’être seulement expérimentale en 2012, « Apple et Facebook ont été parmi les premières grandes entreprises à annoncer que leurs plans d’assurance couvriraient cette procédure ». Ainsi, en 2018, « près de 18 000 procédures de congélation d’ovules ou d’embryons à des fins de « préservation de la fertilité » » ont été réalisées, selon la Society for Assisted Reproductive Technology (SART), « une filiale de l’ASRM ». Mais « moins de la moitié des transferts d’embryons par FIV[1] sont réussis, et moins de 10 % pour les femmes de plus de 40 ans avec des embryons non congelés ».

 

Pour « les investisseurs en capital-investissement et en capital-risque », la demande continuera à augmenter. « Jusqu’à récemment, la plupart des cliniques de fertilité aux États-Unis fonctionnaient comme des entités indépendantes, mais elles sont maintenant rachetées par des investisseurs qui en font des avant-postes de chaînes nationales et mondiales ». « McDermott, Will, and Emery, un cabinet d’avocats de premier plan, estime que le marché mondial des services de fertilité atteindra environ 31 milliards de dollars par an d’ici 2023, soit près du double des 16,8 milliards de dollars de 2016. » Et « les cliniques de fertilité sont très rentables et ont des marges élevées », déclare David Sable, un ancien médecin spécialiste de la fertilité qui supervise aujourd’hui un fonds investissant dans des technologies de fertilité innovantes.

 

Un marché que l’épidémie est venu bouleverser. TJ Farnsworth, le fondateur et le PDG d’Inception Fertility, une société devenue « l’un des plus grands fournisseurs de services de fertilité du pays » « après sa fusion avec Prelude Fertility », a rapidement fondé la Fertility Providers Alliance (FPA), « un nouvel organisme professionnel, pour faire pression contre la suspension des traitements de fertilité » malgré l’épidémie. En une semaine, « 400 spécialistes de la fertilité l’avaient rejoint », soit « près d’un tiers des personnes qui exercent aujourd’hui aux États-Unis ». Pour certains observateurs, la création du FPA vise à introduire les investisseurs dans la discussion, « à savoir les sociétés de capital-investissement dont le modèle d’entreprise vise généralement des rendements dans un délai déterminé ». « Je pense qu’il met en évidence les intérêts propres du capital-investissement dans le domaine de la médecine de la reproduction », affirme Eve Feinberg, professeur associé d’obstétrique et de gynécologie à l’université Northwestern et membre du groupe de travail Covid de l’ASRM. « Des retards de six, huit, voire douze semaines dans le démarrage des cycles de FIV ne rendent pas la grossesse moins probable. » « Mais, note-t-elle, un ou deux mois de retard nuisent financièrement aux cliniques ».

 

 

Pour aller plus loin :

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[1] Fécondation in vitro

 

 

<p>MIT Technology Review, Anna Louie Sussman (07/05/2020)</p>

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