Claude Sureau pour la création d’embryons humains à des fins de recherche

Publié le : 23 octobre 2006

Dans une interview accordée au Monde, Claude Sureau – professeur de gynécologie-obstétrique, membre du Comité national d’éthique et vice-président de l’Académie nationale de médecine – plaide pour autoriser la création d’embryons humains à des fins de recherche. "Autoriser la "création-destruction" d’embryons humains, c’est nous donner les moyens de prévenir la mort de fœtus ou de nouveau-nés" a-t-il déclaré.

Prohibée en France et dans la plupart des Etats européens, excepté en Grande-Bretagne, cette pratique se justifierait, selon Claude Sureau, par la congélation d’embryons humains et les interruptions médicales de grossesse (IMG). "Le fait d’avoir des êtres humains congelés me met mal à l’aise. (…) L’une des solutions serait de congeler les ovocytes. (…) Pour vérifier que cette cellule sexuelle féminine a gardé son caractère fonctionnel après décongélation, il n’y a pas d’autre solution que de chercher à la féconder. Si vous avez réussi, qu’avez-vous créé, sinon un embryon pour la recherche qui ne sera jamais implanté mais uniquement étudié ?". Il poursuit en affrimant que : "Toutes les recherches, capitales, sur les cellules sexuelles et les malformations congénitales sont, de fait, interdites. On bloque ainsi la création d’une médecine et d’une recherche sur l’embryon, et ce, alors même que, du fait des progrès du diagnostic et de la crainte de poursuites judiciaires, le nombre des IMG ne pourra aller qu’en augmentant". 

En France, selon la loi de bioéthique de 2004, on peut obtenir des lignées de cellules souches embryonnaires humaines à partir de la destruction d’embryons âgés de cinq jours obtenus par fécondation in vitro (FIV), conservés par congélation et ne faisant plus l’objet d’un projet parental. Mais, ajoute Claude Sureau, "on peut aussi imaginer obtenir ces mêmes lignées à partir de la technique du clonage". Pour lui, "l’objet cellulaire résultant du transfert nucléaire n’est pas l’équivalent d’un embryon issu de la fécondation d’un ovocyte par un spermatozoïde". Il juge qu’accepter la destruction d’embryons "surnuméraires" pour la recherche, tout en interdisant la constitution pour la recherche de nouveaux embryons est hypocrite.

Se disant catholique, Claude Sureau rejette la condamnation "ferme et définitive" du Vatican d’utiliser l’ embryon humain pour la recherche : "Je considère qu’il existe des raisons valables de l’instrumentaliser". Alors que le développement et les acquis de l’embryologie humaine au cours du XXe siècle n’ont en rien entamé la doctrine catholique, il pense que "le développement de l’échographie obstétricale et de l’assistance médicale à la procréation (AMP), devraient conduire à revoir les principes sur lesquels repose la doctrine catholique".

Enfin selon lui, "la grande question, ici, est de savoir (..) s’il appartient aux chrétiens d’imposer ou non, par le moyen de la loi, leurs convictions à ceux qui ne les partagent pas".

 

Le Monde (Michel Alberganti, Jean-Yves Nau) 22&23/10/06 - La Croix 23/10/06

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