Chine : vers une recherche de pointe sur les cellules souches?

Publié le : 18 mai 2010

En Chine, la ville de Tianjin, au sud est de Pékin, abrite l’une des plus importantes banques de cellules souches au monde où sont stockés 170 000 échantillons de cordon, de placenta et de sang de cordon ombilical. Cet établissement existe grâce à l’énergie du Pr. Han Zhongchao, un hématologue formé en France (Cf. Lettre mensuelle de mars 2010). Les chercheurs, en Chine se sont penchés sur le sujet il y a trois ans et ont déjà des laboratoires exceptionnels.Les scientifiques chinois se concentrent surtout sur les cellules souches contenues dans le sang de cordon ombilical et sur les cellules mésenchymateuses du cordon lui-même. Le Pr. Jacques Caen, professeur émérite d’hématologie et membre de l’Académie de médecine rappelle que "ces cellules mésenchymateuses […] présentent les mêmes qualités que les cellules de moelle osseuse" et qu’elles "sont bien tolérées d’un point de vue immunologique". Le Pr. Han Zhongchao explique avoir obtenu des premiers résultats prometteurs : "nous avons développé une nouvelle thérapie à base de cellules souches pour traiter l’artériopathie des membres inférieurs [qui provoque de manière progressive l’occlusion des artères], afin de régénérer des vaisseaux. Elle a été utilisée pour traiter plusieurs centaines de patients avec d’excellents résultats. La plupart des données ont été publiées dans des revues internationales avec évaluation par les pairs".

Le Pr. Philippe Menasché, de l’unité de chirurgie cardiaque de l’hôpital européen Georges Pompidou se dit prudent devant ces propos. Il reconnaît que les cellules souches sont bien indiquées pour traiter l’artériopathie mais il affirme qu’il n’a pas "relevé de résultats notables dans les publications" et que "les informations provenant de Chine sont parcimonieuses". L’utilisation des cellules souches du sang de cordon pour générer de nouvelles cellules sanguines dans les greffes de moelle osseuse est actuellement la seule indication avérée explique-t-il. Le Pr. Zhongchao a toutefois déjà créé Amcellgene, une société visant à produire des cellules souches de manière industrielle avec l’objectif de les commercialiser à terme. Beike Biotechnolgy, une autre société chinoise avait créé en 2005 une grande banque de cellules souches de sang de cordon à Taizhou avec pour premier objectif de les commercialiser. La Chine veut être à la pointe dans ce domaine. Chen Zu, le ministre de la Santé chinois a affirmé lors du lancement du projet de Beike Biotechnology : "les cellules souches et le secteur médical des cellules régénératives représentent les nouveaux secteurs biologiques high tech, au plus grand potentiel de développement en Chine".

Sur le même sujet, le Pr. Luc Douay, hématologiste et membre correspondant de l’Académie de médecine a publié un article dans le Figaro sur la question de la conservation du sang de cordon ombilical à la naissance en prévision d’une maladie dégénérative. Il rappelle que plus de 20 000 greffes ont été réalisées dans le monde depuis une vingtaine d’années, d’où le développement rapide des banques de sang de cordon. En France, il s’agit de don anonyme et gratuit du sang de cordon qui est stocké dans les banques publiques de l’Etablissement français du sang ou d’un centre hospitalo-universitaire. Ce don est allogénique : il servira à des patients malades mais non à l’enfant qui vient de naître. Pour Luc Douay, la conservation du sang de cordon de leur propre enfant par certains parents, via des banques privées, contre paiement, en vue d’un usage personnel "au cas où" n’a pas de raison d’être. Selon lui, aucune raison médicale ou scientifique ne justifie cette démarche. Il explique que dans le cas de leucémies, la greffe autologue de sang de cordon n’a pas d’intérêt thérapeutique puisque des "études chez des enfants développant une leucémie ont montré que le sang de cordon à la naissance contenait déjà des cellules leucémiques". De même, les cellules souches injectées pour traiter une maladie génétique ne doivent pas être porteuses de cette anomalie, il faut donc utiliser les cellules issues d’un donneur extérieur non touché par la maladie. Bien que prometteuses, les recherches en thérapie cellulaire tentant de maitriser la différenciation de cellules souches de sang de cordon en tout type de tissu "en sont toujours au niveau de la recherche fondamentale, et tout espoir thérapeutique serait encore injustifié" affirme le Pr. Douay. Le don a donc un intérêt thérapeutique mais pas la conservation autologue en vue d’un usage personnel dont certaines entreprises font une publicité injustifiée.

Le Quotidien du médecin rapporte la tenue d’une réunion de chercheurs internationaux "pour statuer sur l’utilisation des cellules souches chez les personnes atteintes de sclérose en plaques [SEP] et sur l’avenir de la recherche en la matière". Il s’agit d’un congrès international sur les cellules souches qui s’est tenu à Londres en mai 2009. Cela a abouti à une déclaration de consensus publiée dans la revue Nature Reviews Neurology du 6 mai 2010. Les chercheurs mettent en garde contre les "cliniques de cellules souches" qui se développent dans certains pays d’Europe et qui proposent d’administrer des cellules souches à des malades, "ce qui ne repose sur aucune base scientifique". Il s’agit de "marchands d’illusion qui vendent de faux espoirs de guérison". Selon le Pr. Catherine Lubetski, présidente du comité scientifique de la fondation ARSEP, "les cellules souches ont peut-être un rôle immunomodulateur, mais il n’y a pas de rôle de réparation directe qui ait été mis en évidence". Les cellules souches ne sont pas "un traitement magique de la SEP. Cependant, il est probable qu’elles joueront un jour un rôle clé dans le traitement de la maladie" a déclaré le Pr. Gianvito Martino.

Sciencesetavenir.fr (Elena Sender) mai 2010 - Le Figaro (Pr. Luc Douay) 17/05/10 - Le Quotidien du médecin 17/05/10

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