Cannabis médical : l’expérimentation commence en France

Publié le 29 Mar, 2021

L’expérimentation du cannabis médical commence en France. « 215 centres de référence dans 170 hôpitaux sont impliqués. » La « première prescription » a été réalisée le 26 mars au CHU de Clermont-Ferrand, en présence du ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran. L’expérimentation est prévue pour une durée de deux ans et doit concerner 3.000 patients « à terme ». Elle est « supervisée par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) ». Ses objectifs sont « d’évaluer la faisabilité du circuit de mise à disposition et de recueillir les premières données françaises sur l’efficacité et la sécurité du cannabis thérapeutique ».

« Le déploiement effectif » commence ce lundi « dans d’autres hôpitaux de référence où des médecins spécialistes (douleur, cancérologie, neurologie, épilepsie, sclérose en plaque, soins palliatifs) se sont déjà formés » précise la directrice du projet Cannabis médical à l’Agence du médicament ANSM, Nathalie Richard.

Un protocole défini

« La première consultation se fera obligatoirement dans un de ces centres de référence. » C’est aux médecins exerçant dans ces centres que reviendra la décision d’inclure ou non le patient dans l’expérimentation. Pour être éligibles, les patients devront souffrir de « certaines formes d’épilepsies, de douleurs neuropathiques, d’effets secondaires de la chimiothérapie, de situations de soins palliatifs ou certaines douleurs de la sclérose en plaques », et uniquement « en cas de soulagement insuffisant » par les autres traitements, ou « d’une mauvaise tolérance », explique l’ANSM. Des enfants pourront aussi être inclus dans l’expérimentation.

Des effets qui restent à prouver

Le lancement de cette expérimentation avait été autorisé par un décret datant du mois d’octobre 2020. Il intervient alors qu’une étude réalisée pour l’Association internationale pour l’étude de la douleur (IASP[1]) indique que, « bien qu’il existe des données précliniques soutenant l’hypothèse de l’analgésie des cannabinoïdes, les incertitudes, en particulier dans les preuves cliniques, impliquent que les preuves de l’efficacité et de la sécurité sont insuffisantes pour que l’IASP approuve leur utilisation générale pour le contrôle de la douleur ». L’étude a été menée par « des experts de premier plan dans le monde » et publiée dans 13 articles scientifiques, liés dans la revue Pain[2].

« Le cannabis, les cannabinoïdes et les médicaments à base de cannabis deviennent une alternative de plus en plus populaire pour gérer la douleur, estime le Dr Emma Fisher, qui a dirigé l’examen des preuves cliniques. Cependant, notre examen montre qu’il existe peu de preuves pour soutenir ou réfuter leur utilisation dans la gestion de la douleur, indique-t-elle. Les études que nous avons trouvées étaient de qualité médiocre (risque élevé de biais) et les preuves étaient très fragiles, ce qui signifie que nous sommes très incertains des résultats et que des recherches supplémentaires sont nécessaires. » « Pour beaucoup, cette conclusion sera impopulaire, anticipe le professeur Christopher Eccleston, directeur du Centre de recherche sur la douleur de l’Université de Bath, mais nous devons admettre que les preuves font tout simplement défaut. La science n’est pas une question de popularité, mais de protection des personnes contre de fausses affirmations, rappelle-t-il. Dans ce domaine, le défi consistera pour les gouvernements à financer des recherches indépendantes et à garantir l’équilibre et la neutralité. »

[1] International Association for the Study of Pain

[2] IASP Presidential Task Force on Cannabis and Cannabinoid Analgesia. Pain. journals.lww.com/pain/pages/co … picalCollectionId=23

Sources : Sciences et avenir avec AFP (26/03/2021) ; Hospimedia, Antoine Goessaert (25/03/2021) ; Medical Xpress, Andy Dunne (26/03/2021) – Photo : 7raysmarketing de Pixabay

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