Canada, les personnes handicapées ne veulent pas mourir

Publié le : 22 décembre 2020

Au Canada, les sénateurs délibèrent sur le projet de loi C-7 (cf. Canada : l’élargissement de l’aide médicale à mourir adopté par la Chambre des Communes), qui doit autoriser l’accès à l’aide au suicide pour les personnes qui ne sont pas proches de la mort, soit celles qui sont handicapées.

Dans ce contexte, les personnes handicapées sont constamment bombardées de messages insinuant qu’il vaut mieux être mort qu’handicapé. Ces messages répétés ont un impact sur la façon dont les gens sont traités dans le secteur de la santé qu’il soit public ou privé.

« Ma vie a été riche et pleine »

Joe Coughlin, quadriplégique, est auteur, compositeur et interprète de jazz. Lors de sa première visite, sa responsable pour l’aide à domicile lui a demandé pourquoi il n’avait pas affiché un NPR[1] sur son réfrigérateur : « Je lui ai dit que je n’étais pas encore prêt à mourir, parce que je dois encore deux albums à ma maison de disques ! »

A Toronto, Audrey King, artiste et psychologue à la retraite, vit avec les effets indésirables de la polio. En 2018, elle est hospitalisée pour une pneumonie. Alors qu’elle se bat pour sa vie, son aide à domicile entend deux infirmières parler : « C’est cruel. Pourquoi ne peuvent-ils pas la laisser partir ? » Audrey King est convaincue que personne ne parlerait de cette façon d’un patient sans handicap. « Ma vie a été riche et pleine », dit-elle et elle poursuit : « J’ai accompli bien plus que la plupart des gens « bien portants », grâce au soutien que j’ai reçu ».

« J’ai eu peur d’avoir cet homme comme médecin »

Ian a été hospitalisé en 2018 pour un problème assez bénin. Des complications inattendues l’ont conduit à un arrêt cardiaque et à une ventilation. En raison de la faiblesse de ses muscles – il est quadriplégique suite à une lésion de la moelle épinière datant de plusieurs décennies – il a dû subir une trachéotomie afin de débrancher progressivement le respirateur, ce qui lui a permis de retrouver son endurance. Un médecin qui ne le connaissait pas est venu le rencontrer, lui et sa femme, pour l’informer que, même avec l’opération, il pourrait ne jamais se débrancher du respirateur. Ce qu’ils savaient déjà. Le médecin a alors proposé une autre option : Ian pourrait éviter la trachéotomie, se faire retirer le respirateur à la place et être sédaté jusqu’à la mort. « Nous avons été stupéfaits qu’un médecin chargé des soins de mon mari puisse ignorer sa vie de manière aussi flagrante ». Ian n’avait pas pensé à abandonner ; il avait une famille aimante et entrait en retraite. « J’ai eu peur d’avoir cet homme comme médecin », poursuit sa femme.

En 2016, Candice Lewis, de Terre-Neuve, une jeune femme handicapée était à l’hôpital. Elle a entendu un médecin dire à sa mère que le suicide assisté pouvait être envisagé. La mère et la fille ont été choquées. Les soi-disant garanties ne fonctionnent pas nécessairement. En effet, le médecin n’était pas légalement autorisé à aborder le sujet, pas plus que sa mère à donner son consentement.

Favoriser l’aide au handicap plutôt que la mort des handicapés

Pourquoi désigner les personnes handicapées comme étant les seuls Canadiens non mourants susceptibles de choisir le suicide assisté comme le propose le projet de loi C-7 ? La plupart des personnes ayant des sentiments suicidaires reçoivent un traitement, pas une aide au suicide, même si elles ont le sentiment que leur situation – pauvreté, solitude, dépression – rend la vie insupportable.

En outre, tant que les personnes handicapées n’ont pas un accès adéquat aux aides, il est inadmissible de leur fournir un chemin direct vers la mort. Quiconque est confiné chez lui par manque de moyens de transport, souffre parce qu’il n’a pas les moyens de se payer des thérapies, se sent seul parce que son logement est loin de ses proches ou souffre d’un manque d’aide, a plus de chances d’avoir des désirs suicidaires. Certains brutalement confrontés au handicap peuvent croire que leur trouble émotionnel ne s’atténuera jamais. Pourtant, ils peuvent plus tard mener une vie pleine et enrichissante.

Si cette loi dangereuse était adoptée, il y a de fortes chances qu’elle conduise à des décès inutiles et de grandes pertes pour la société.

[1] Ne pas réanimer, DNR pour Do Not Ressuscitate en anglais

Source : Toronto star, Lisa Bendall (21/12/2020) – Photo : Istock

 

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