Campagne pour promouvoir le don d’ovocytes

Publié le 31 Mai, 2008

Campagne d’information

 

Face au “manque” d’ovocytes disponibles pour l’Assistance médicale à la procréation (AMP), l’Agence de la biomédecine a lancé, fin mai, en partenariat avec les professionnels de santé et notamment les gynécologues, une campagne nationale d’information visant à encourager le “don” d’ovocytes.

 

Chiffres clés

 

Selon les dernières statistiques de l’Agence, en 2006, 228 femmes ont “donné” leurs ovocytes (contre 168 en 2005), permettant 384 fécondations in vitro (FIV). Au total, en 2006, plus de 100 enfants sont nés d’un “don” d’ovocytes. Depuis une vingtaine d’années qu’est utilisée cette pratique, environ 1 000 enfants sont issus d’une AMP avec “don” d’ovocytes. Rappelons que sur les 19 026 enfants nés en 2005 d’une AMP, 1 293 ont été conçus avec un “don” de gamètes.

 

Assouplir le cadre législatif ?

 

En France, le “don” d’ovocytes est encadré par la loi de bioéthique de 2004 et repose notamment sur trois principes qui sont : le volontariat, l’anonymat et la gratuité. Ce “don” s’adresse à des couples atteints d’une infertilité pathologique ou s’il existe un risque de transmission à l’enfant d’une maladie grave. La loi fixe par ailleurs trois critères pour être “donneuse” : être en bonne santé, âgée de moins de 37 ans et avoir au moins un enfant.

 

Quelques voix s’élèvent pour demander un élargissement de ce cadre législatif, notamment pour repousser la limite d’âge des “donneuses”, abroger l’obligation qui leur est faite d’être déjà mère, lever l’anonymat ou encore rémunérer cette pratique aujourd’hui uniquement défrayée et prise en charge à 100% par l’assurance maladie.

 

Législations étrangères

 

Le “don” d’ovocytes est interdit en Allemagne, en Autriche, en Italie, en Norvège, au Portugal et en Suisse. Dans les pays où il est autorisé, les législations sont très variables. 

 

L’anonymat est la règle dans quasiment tous les pays, exception faite de la Suède (depuis 1985) et du Royaume-Uni (depuis 2005). Les Pays-Bas et la Belgique ont eux opté pour une double possibilité : les “donneurs” choisissent de rester anonymes ou non. Si la gratuité fait l’unanimité en Europe, certains pays, comme l’Espagne, proposent de compenser financièrement la pénibilité du processus de “don”. Ce n’est pas le cas en France où la réglementation impose le remboursement de la totalité des frais médicaux et des frais annexes (arrêt de travail, transport…). A l’opposé, comme aux États-Unis par exemple, la législation permet d’acheter des ovocytes. En revanche, l’obligation d’avoir déjà procréé est spécifique à la France.

 

Compensation ou rémunération ?

 

Pour tenter de pallier cette “pénurie” d’ovocytes, quelques pays envisagent de rémunérer les “donneuses”. Après l’Espagne, la clinique de fertilité de Louvain, en Belgique, incite désormais des étudiantes à faire “don” de leurs ovocytes, et ce moyennant 750€. Dans son guide, l’Agence de la biomédecine indique que les délais d’obtention des ovocytes sont plus rapides dans les pays où le “don” est rémunéré et que “de nombreux professionnels se demandent s’il ne serait pas nécessaire de rémunérer ce don afin d’attirer plus de donneuses“.

 

Un don comme un autre ?

 

Comment ne pas s’étonner que soit passée sous silence la portée de ce “don” infiniment moins ordinaire qu’un don de sang par exemple ? Dans cette campagne d’information, tout est fait pour “banaliser” cet acte, apaiser les craintes et anéantir les réticences. Avec pour slogan “redonner l’espoir de devenir parents”, l’Agence de la biomédecine veut faire du “don” d’ovocytes un acte suprême de solidarité. Mais les femmes qui acceptent, par générosité, qu’on leur prélève leurs ovocytes, savent-elles qu’en “donnant” leurs cellules sexuelles, c’est la vie qu’elles transmettent, et la vie empreinte de leur patrimoine génétique unique ? 

 

Par ailleurs, outre le risque médical inhérent à la stimulation ovarienne (syndrome d’hyperstimulation) et à la ponction (hémorragie, infection, risque anesthésique), on peut s’inquiéter des conséquences psychologiques sur la “donneuse”, les deux couples et surtout l’enfant. La femme “donneuse” n’est-elle pas simplement utilisée comme “pondeuse” au détriment de sa propre dignité ? Le couple receveur assumera-t-il sans difficulté l’intervention d’une tierce personne dans son processus de procréation ? Quant à l’enfant né d’un ovocyte anonyme, il pourrait souffrir des mêmes problèmes que certains enfants adoptés, ne connaissant pas leurs parents biologiques. Pourtant personne n’oserait faire de l’adoption une situation voulue pour elle-même…

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