Bioéthique : un problème politique

Publié le 2 Mar, 2011

"La bioéthique est-elle un problème politique?" interroge Politique magazine.

Plusieurs raisons expliquent les nombreuses controverses et "l’agitation politico-médiatique" qui entoure les débats sur les lois de bioéthique : la complexité des enjeux liés aux avancées scientifiques et de leurs implications morales, de "puissants intérêts où se mêlent les préoccupations économiques et financiers des laboratoires, les ambitions de carrière de tel ou tel chercheur et les passions idéologiques des uns et des autres". Enfin, la manipulation médiatique qui s’alimente de la "célébration des miracles apportés par la science" et de l’exploitation du "registre compassionnel" est un élément qui ne permet pas toujours de clarifier le débat.

De nombreux et considérables progrès ont été faits avec l’introduction de la technique dans le monde médical depuis le milieu du XXe siècle, dont certains ont posé des questions morales importantes. L’on s’est ainsi demandé jusqu’où pouvait aller la manipulation du vivant. C’est à partir de 1994 que le législateur français s’est saisi des questions éthiques liées aux avancées médico-scientifiques, de façon globale, avec la première loi de "bioéthique", terme dont l’usage s’est officialisé avec la nouvelle loi de 2004. Aujourd’hui, la révision de la loi de bioéthique est à nouveau "l’occasion de démonstrations médiatiques" et de polémiques. Il est notamment question de nouvelles techniques touchant à la conception et à la gestation, au traitement de la souffrance, au vieillissement et à la mort. Ces pratiques ont ouvert la "perspective d’une maîtrise par l’homme de réalités naturelles qui, jusque là, échappaient à son contrôle. Avec, en fond de décor, l’individualisme hédoniste dominant et l’éternel retour des illusions scientistes". Parmi elles, les pratiques concernant les débuts de la vie sont très débattues : l’assistance médicale à la procréation, le don de gamètes, le diagnostic prénatal, le diagnostic préimplantatoire. En permettant de connaître les caractéristiques génétiques d’un embryon, ce dernier diagnostic rend possible la sélection des embryons, c’est-à-dire  l’élimination de ceux qui sont porteurs de maladies graves ou de risques génétiques. "Comment ne pas voir le boulevard ainsi ouvert à l’eugénisme ?" Derrière ces avancées techniques qui favorisent l’eugénisme, à savoir la recherche, dangereuse et illusoire, de l’homme "parfait", "handicapés et déficients de toutes sortes n’entrant pas dans les cotes normées doivent être éliminés". Le code pénal français voit en l’eugénisme, un "crime contre l’espèce humaine", sévèrement puni. Pourtant, "par un paradoxe d’autant plus à souligner qu’il pourra en cacher d’autres, cette vertueuse condamnation ne s’applique pas quand un diagnostic préimplantatoire […] conduit à favoriser l’avortement d’un enfant porteur de risques génétiques : pratique manifestement eugéniste sur laquelle on ferme pudiquement les yeux".

La bioéthique n’est pas uniquement une question "éthique" même si l’exigence morale prévaut. Elle est aussi un problème politique pour tout pays composé de citoyens passés, présents et à naître. Elle exige "la préservation et le développement de son patrimoine humain" et donc la "gestion prudentielle des progrès scientifiques et techniques".

Politique magazine (Christian Tarente) 03/11

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