Autoconservation des ovocytes : une enquête tout en paradoxes

Publié le 15 Déc, 2016

L’autoconservation des ovocytes consiste à « prélever et conserver des cellules reproductrices [des femmes qui le souhaitent] pour devenir mère plus tard ». Une « machine à remonter le temps de la fertilité » qui fait débat en France.

 

Le centre d’éthique clinique de l’hôpital Cochin à Paris a mené une étude pendant deux ans, interrogeant 36 femmes en âge de procréer et sans enfants, et 19 gynécologues. Leur conclusion : « Les françaises seraient favorables à son autorisation pour raison d’âge ou ‘sociétales’, mais pas pour elles-mêmes ». « La technique peut-être utile pour se rassurer mais pas pour s’en servir. Il ne faut pas que l’homme se prenne pour Dieu », explique une femme de 32 ans. D’autres réagissent ainsi : « si je ne trouve pas le bon mec ce n’est pas grave, je n’aurai pas d’enfants » ; ou encore « on ne peut pas faire un enfant pour satisfaire un besoin ». Les gynécologues sont eux « en majorité défavorables à l’autoconservation des ovocytes ‘pour toutes’ ». Si les femmes interrogées se montrent peu intéressées pour elles-mêmes, pourront-elles « résister à une éventuelle pression d’un employeur pour différer une maternité si l’autoconservation des ovocytes était autorisée ? ».

 

Outre ces paradoxes, « la technique se trouve confrontée à une impasse : ‘les femmes de 25-35 ans disent que c’est trop tôt pour y réfléchir. Entre 31 et 36 ans, elles estiment que c’est angoissant de penser à la baisse de leur fertilité et, entre 37 et 43 ans, c’est trop tard ». Sans oublier qu’elles pourraient devoir faire face à une « cruelle désillusion » : « cette technique ne permet pas une grossesse à coup sûr ». L’un des médecins interrogés dénonce « une poudre aux yeux qui augmentera les regrets ».

 

Pour Frédérique Dreifuss-Netter, conseillère à la Cour de cassation et ancien membre du CCNE, cette technique est « l’avènement d’une société qui encourage à morceler sa vie : une tranche pour la vie professionnelle, une tranche pour la vie sentimentale, une tranche pour la vie procréative et les enfants ? ». Elle plaide, comme les médecins interrogés pour l’étude, pour une meilleure aide des jeunes femmes à pouvoir tout mener de front.

 

Du point de vue juridique, autoriser l’autoconservation de gamètes ferait sauter un verrou : le Code de la Santé publique stipule que « l’utilisation des éléments et produits du corps humain doit poursuivre une fin médicale ou scientifique ». Introduire une faille dans ce principe rendra difficile l’opposition à d’autres choses aujourd’hui interdite « comme les injections de cellules souches dans un but esthétique de rajeunissement ou la conservation à des fins personnelles du sang de cordon des nouveau-nés sans justification préventive ou curative », estime Frédérique Dreifuss Netter.

 

René Frydman et Sylvie Epelboin, gynécologues, penchent eux pour une « information fertilité » ou un « check up fertilité » des femmes âgées de 33 ans. Le vieillissement ovocytaire pourrait selon eux être considéré comme une pathologie. 

Le Figaro, Agnès Leclair (16/12/2016)

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