Apologie du DPI par la Société de pédiatrie

Publié le : 1 mars 2011

Dans un article publié dans Liberté Politique, Pierre-Olivier Arduin répond à la commission d’éthique de la Société française de pédiatrie qui, dans une tribune parue dans Le Monde le 15 février 2011, s’était montrée agacée par les critiques faites à l’encontre de la technique du "bébé-médicament". Plutôt que de parler "d’instrumentalisation du corps humain" ou "plus gravement de bébé-médicament", les membres de la commission estimaient que le "DPI porte l’empreinte de l’humanisme médical".

Monseigneur d’Ornellas, archevêque de Rennes et président de la Conférence épiscopale sur la bioéthique, avait demandé en conférence de presse que la pratique du bébé-médicament (ou double-DPI) soit supprimée au nom du "respect de la dignité humaine qui postule qu’aucun être humain ne peut servir de moyen […] et que chaque enfant a le droit inaliénable de naître pour lui-même." Or, les membres de la commission proposent "une formulation beaucoup plus subtile" du principe kantien : "agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout être toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme moyen." Selon eux, on peut utiliser un être humain comme moyen à condition qu’il ne soit pas réduit qu’à cela. Cela ouvre les portes à toutes les dérives, proteste Pierre-Olivier Arduin : "l’utilitarisme est ici poussé à l’extrême, réduisant une personne humaine à un objet jugé à l’aune de son utilité thérapeutique. Peu importe qu’il ne soit pas que cela, il l’est au moins en partie". Il note par ailleurs que le double DPI bafoue le principe de "consentement libre et éclairé de la personne qui est théoriquement la clé de voûte du don de cellules, tissus et organes dans le cas d’un donneur vivant" : en effet, dans ce cas précis, l’enfant n’a pas donné son avis.

Pierre-Olivier Arduin dénonce également la pratique manipulatoire qui consiste à substituer au terme "bébé-médicament", jugé méprisant, celui "généreux et compatissant, d’’enfant du double espoir’" : "On le sait depuis Orwell, le contrôle du pouvoir politique et moral sur l’homme passe par celui de la pensée, donc du langage qui la porte. L’éthiquement correct a recours à une mise sous tutelle du langage, forgeant une novlangue sensée nous dire le bien et le juste pour mieux camoufler la transgression. Quand on change le sens des mots, on change la vérité".

Face aux affirmations rassurantes des membres de la commission qui estiment qu’il n’y a pas de risques réels de désordres psychologiques pour les enfants nés de cette technique, Pierre-Olivier Arduin rappelle que le conseil d’Orientation de l’Agence de la biomédecine (ABM) demande que soit réalisé "un suivi attentif des personnes qui ont eu recours à un tel diagnostic, et notamment des enfants conçus après ce DPI, ainsi que de la fratrie concernée […] Ce suivi ne saurait s’interrompre au terme de l’âge pédiatrique et devra se poursuivre au-delà".

Il critique l’opposition entre "mauvais" diagnostic prénatal (DPN) qui conduit à des "interruptions médicales de grossesse" traumatisantes, et le "gentil" DPI. C’est en effet ignorer volontairement la destruction programmée de tous les embryons qui ne sont pas génétiquement corrects. Il rapporte les propos, parus dans un entretien de la Revue des deux mondes, de Jacques Testart, biologiste ayant permis la naissance du premier "bébé-éprouvette" en France, qui accuse sévèrement le DPI : "Ce n’est pas une victoire sur la maladie, c’est une victoire de la sélection. Leur traitement, c’est annuler la vie".

Comment donc parler sérieusement "d’humanisme médical" alors que le Conseil d’Etat lui-même estimait, dans son rapport sur la révision de la loi de bioéthique en 2009, que "les questions éthiques posés par le double-DPI […] pourraient justifier que le législateur envisage de mettre un terme à cette pratique" ?

Liberté Politique (Pierre-Olivier Arduin) 23/02/11 – Le Monde 15/02/11

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