Allemagne : disparition prochaine des « boîtes à bébé » ?

Publié le : 2 juillet 2010

On compte aujourd’hui une centaine de "boîtes à bébés" en Allemagne depuis que la première a été installée à Hambourg il y a 10 ans. Les mères en détresse peuvent venir y déposer leurs bébés anonymement. Bien que tolérés dans certains hôpitaux, les accouchements sous X ne sont pas légaux et les femmes peuvent être poursuivies pour "abandon d’enfant". Le Conseil d’éthique allemand propose d’introduire dans la loi un accouchement "confidentiel" qui permettrait aux enfants abandonnés d’accéder à leurs origines à l’âge de 16 ans. Bien qu’il n’y ait pas de statistiques officielles concernant les abandons de nouveaux-nés, on estime leur nombre entre 300 et 500 depuis dix ans.

Pour Ingrid Fischbach, vice-présidente du groupe parlementaire CDU-CSU (chrétiens démocrates), "il nous faut un règlement légal pour toutes les personnes concernées par l’abandon anonyme d’un bébé". L’abandon anonyme d’enfants se trouve dans une situation délicate, pris en étau entre deux droits fondamentaux : le droit à la vie et le droit à connaître ses parents. Le projet de loi que prépare le groupe CDU-CSU en faveur d’un "accouchement confidentiel" se fonde sur des recommandations formulées par le Conseil d’éthique allemand, institution indépendante composée d’experts de diverses disciplines (médecine, psychologie, philosophie, théologie) et d’anciens hommes et femmes politiques.  La majorité des membres du Conseil d’éthique propose de supprimer boîtes à bébés et l’accouchement sous X et de mettre en place un nouveau service spécialisé pour accoucher discrètement. Les données personnelles de la mère y seront enregistrées de manière confidentielle pendant un an et ne seront pas transmises au bureau d’état civil, "pour donner à la mère le temps de changer d’avis". Passé ce délai, si la mère confirme son projet d’abandon ou ne donne pas de nouvelles, l’enfant est alors déclaré adoptable. Les données de ses origines personnelles sont transférées à l’état civil, et l’enfant pourra en prendre connaissance à ses 16 ans.

Sur les 26 membres du Conseil d’éthique, 6 ont refusé cette recommandation, comme Eberhard Schockenhoff, théologien moraliste catholique et vice-président du Conseil pour qui "on ne peut légiférer sur tout. A notre avis, les boîtes à bébé sont une solution ultime. On ne devrait pas les favoriser expressément, mais pas non plus les fermer". Ceux qui veulent maintenir les boîtes à bébés s’inquiètent du sort des enfants abandonnés : leurs mères pourraient les abandonner n’importe où, voire dans un cas extrême, les tuer.

Le service social des femmes catholiques (SkF) qui se charge de l’entretien de plusieurs boîtes à bébés en Allemagne se montre favorable à la proposition du Conseil d’éthique. Anne Rossenbach, chargée de communication au SkF, explique que souvent, "ce que les femmes enceintes en détresse accouchant sous X ou abandonnant leur petit ne veulent pas, c’est que les personnes de leur milieu social soient au courant de leur grossesse. […] D’après notre expérience, elles devraient être d’accord pour que leurs enfants puissent connaître leur nom".

Ingrid Fischbach se dit optimiste quant à l’avancée de ce projet de loi. Il ne sera déposé au Parlement qu’après réception des premiers résultats d’une enquête sur les boîtes à bébé, demandée par le ministère de la famille. Les résultats seront publiés à l’automne.

La Croix (Hannah Pink) 02/07/10

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