A propos des mères porteuses

Publié le : 16 avril 2009

La Croix publie un reportage sur le marché, accessible aux étrangers, des mères porteuses en Ukraine. Adopté en 2006, le nouveau code de la famille ukrainien précise ainsi qu’"un couple marié qui conçoit un enfant grâce à des techniques d’assistance à la procréation est considéré comme étant les parents de l’enfant", y compris lorsque "l’embryon est transplanté dans l’organisme d’une (autre) femme". Pour le reste (limite d’âge, fait que la mère porteuse ait déjà au moins un enfant…), la loi n’impose rien. En pratique, les parents biologiques et la mère porteuse doivent passer un contrat (dans lequel est censé être précisé ce qui se passe si la mère porteuse meurt en couche, si les parents se séparent, si l’enfant naît handicapé…). L’enfant est ensuite enregistré par l’état civil ukrainien au nom des parents ; la mère porteuse, qui n’a aucun droit (en particulier celui de se rétracter), disparaît. Les parents peuvent alors se présenter à leur consulat pour faire enregistrer l’enfant mais, si le consulat soupçonne l’existence d’une mère porteuse, il peut refuser l’enregistrement. C’est le cas du consulat français, cette pratique étant interdite en France.

On recense, en Ukraine, une vingtaine de cliniques spécialisées dans la médecine reproductive. Plutôt prospères, elles affichent des tarifs allant de 500 € pour une insémination à 2 000 € pour une fécondation in vitro (FIV). Celles-ci assurent ne pas rechercher la clientèle étrangère. La mise en relation des couples avec des mères porteuses est assurée par ces agences intermédiaires qui offrent une prise en charge tout compris : de la recherche d’une mère porteuse à l’interprète, en passant par les services d’une clinique, d’un avocat, d’un notaire, la location d’un appartement et même des visites touristiques.

Pour le Pr Zinchenko, de la clinique Isida à Kiev, cette pratique ne pose aucun problème : "beaucoup de gens croient qu’il s’agit d’un commerce. En réalité cette femme porte un enfant qui lui est étranger du point de vue génétique. Elle n’est qu’une maison pour lui. On prend le sperme et l’ovule du couple. On forme un embryon en laboratoire et on le transfère dans l’utérus d’une autre femme. Qui nous dit que nous avons le droit de refuser à un couple d’avoir un enfant s’il existe une possibilité médicale ?".

Mariée et mère de deux enfants, Alessya qui vient de perdre son travail et s’apprête à louer son ventre, moyennant une indemnité de 23 000 €, témoigne : "je sais que cela sera moralement très difficile. Dans tous les cas, je considérerai cet enfant comme étant aussi le mien. Mais je sais aussi que j’aiderai une famille. Et c’est le seul moyen pour moi d’avoir un toit pour mes enfants. Même si mon mari et moi travaillons durant les vingt ans à venir, sans nous reposer, nous savons que nous n’y arriverons pas autrement".

Le quotidien publie une interview de la philosophe Sylviane Agacinski qui vient de publier un "vibrant réquisitoire" contre la gestation pour autrui (GPA). Celle-ci dénonce la "marchandisation" qui est au cœur de cette pratique : sous couvert d’"indemnités" ou de "dédommagement", la motivation principale des mères porteuses reste financière. "Commerce dégradant", la GPA utilise autrui : "on entre ici dans une logique de fabrication de l’enfant avec des matériaux biologiques, et l’enfant devient lui-même une marchandise". Contraire à la dignité humaine, la GPA "porte atteinte à l’intégrité physique de la mère, en engageant profondément sa vie organique et psychique sans nécessité thérapeutique. Elle touche aussi à la dignité de l’enfant, sur la tête de qui un contrat a été passé". Sans nier la souffrance de ceux qui ne peuvent pas avoir d’enfant, elle rappelle qu’il n’existe pas de "droit à l’enfant". D’ailleurs, "l’emploi des femmes comme "gestatrices" et le "baby business" dans certains pays répondent plutôt à une demande d’enfant" qu’à un désir d’enfant ; "il s’agit d’acquérir un bébé à tout prix". En résumé, Sylviane Agacinski voit dans la GPA "une aliénation physique et morale, qui traite la personne en son entier comme un instrument" ; "la vie d’une femme ne peut constituer un traitement de la stérilité".

L’hebdomadaire La Vie publie quelques extraits de l’ouvrage de Sylviane Agacinski qui, "peu soucieuse du politiquement correct" livre ici "une parole vraiment féministe", selon les mots de Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction. Dans son éditorial, celui-ci appelle à la constitution d’un "front informel" qui "réunirait tous ceux qui pensent que les valeurs universelles ont encore un sens" en un combat logique et non idéologique pour ne pas que "la France s’aligne sur le moins-disant législatif" en légalisant le "marché des ventres".

Rappelons que la GPA est tolérée en Belgique et aux Pays-Bas, autorisée au Royaume-Uni et en Grèce et dans certains états américains et canadiens.

La Croix (Alain Guillemoles, Marianne Gomez, Marilyne Chaumont) 16/04/09 -  La Vie (Claire Legros) 16/04/09

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