Vincent Lambert : Emmanuel Hirsch invite à un décryptage « sans concessions » des évènements

Publié le : 27 juillet 2015

Professeur des universités et directeur de l’Espace régional de réflexion éthique Ile-de-France, Emmanuel Hirsch invite à « tirer toutes les conséquences » des  « péripéties et rebondissements déplorables » qui ont rythmés les procédures concernant Vincent Lambert.

 

« Certains s’interrogent désormais sur la légitimité et pertinence des procédures collégiales ayant été mises en œuvre pour engager une limitation ou un arrêt de vie des êtres chers (…) Des parents expriment leur inquiétude au regard de possibles décisions arbitraires  d’arrêt des soins », déclare Emmanuel Hirsch, qui explique que «  le principe fondamental de la relation de confiance indispensable à l’approche de circonstances dramatiques et redoutables pour lesquels une concertation intègre s’impose entre les membres d’une famille et une équipe médicale afin d’envisager l’issue estimée préférable, parfois la ‘moins mauvaise’, est entamé, entaché de soupçon ».

 

Il s’interroge également sur la remise en question de notre regard sur le droit des malades et handicapés : «  Le droit fondamental de personnes handicapées comme M. Vincent Lambert n’est-il pas déjà de bénéficier des soins et de l’accompagnement social les plus adaptés, sans être considérées, selon des évaluations fragiles, ‘en fin de vie’ » ? Il déplore « les conditions de suivi médical » du grand handicapé, « incarcéré depuis des années dans sa chambre, dans un contexte dont on peut aujourd’hui se demander s’il relève effectivement des droits reconnus et détaillés dans la circulaire du 3 mars 2002 relative à la création d’unités de soins dédiées aux personnes en état végétatif chronique ou en état pauci relationnel ». Emmanuel Hirsch souligne que « plutôt que d’évoquer des menaces pesant sur l’équipe médicale, nous aurions pu attendre du communiqué diffusé le 23 juillet par la direction du CHU de Reims une attention à cet égard ».

 

Revenant sur le renoncement de l’équipe médicale à persévérer dans sa position initiale qui visait à « engager une nouvelle procédure d’arrêt des traitements » (cf. Synthèse Gènéthique du 23 juillet 2015), il récuse l’idée selon laquelle des « pressions idéologiques » auraient « entravé le processus décisionnel ». « Il est d’avantage probable qu’à un moment donné, et de manière tardive, les pouvoirs publics ont estimé qu’il convenait de mettre un terme à une situation à ce point désastreuse qu’on ne parvenait plus à en maîtriser les dédales et les effets pernicieux ». Il déclare que « selon toute vraisemblance, la suite de la procédure collégiale a fait apparaître la fragilité des convictions et l’impossibilité de justifier une procédure de fin de vie ».

 

Emmanuel Hirsch redit également  « toute sa considération à l’équipe des soignants de M. Vincent Lambert, dont les compétences et le dévouement sont reconnus ». « S’est-on préoccupé de ce qu’éprouvaient à titre personnels ces professionnels confrontés aux soubresauts de décisions contradictoires, d’interprétations et de commentaires inconciliables avec les valeurs du soin ; eux qui auraient pu demain contribuer à la procédure de fin de vie de M. Vincent Lambert qu’ils accompagnent dans sa vie depuis des années ? » questionne-t-il.

 

« Désormais il nous faudra décrypter sans concessions ce qui s’est passé au CHU de Reims pour aboutir à cette situation chaotique. Il ne s’agit pas de mettre en cause des personnes dignes de notre respect, mais de comprendre un cumul de dysfonctionnements dont on peut craindre qu’ils interviennent également dans d’autres espaces du soin », conclue-t-il.

 

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