USA : les chrétiens en politique

Publié le : 12 octobre 2004

Pierre Noël, chercheur au Centre français sur les États-Unis à l’Ifri (CFE-Ifri), analyse dans la rubrique Libre opinion de La Croix, les interactions entre la campagne électorale américaine et la position de l’Église sur les questions de bioéthique.

Tout au long de sa carrière sénatoriale et dans son programme présidentiel, John Kerry, catholique pratiquant, a défendu le "droit" à l’avortement. En avril 2004, Monseigneur Raymond, archevêque de St Louis dans le Missouri, a donné naissance à une polémique en déclarant que John Kerry ne pourrait pas se présenter à la communion eucharistique dans son diocèse. Car, selon Monseigneur Blake, ce choix politique le place dans un état de péché grave.

Mandaté par la Conférence des évêques, le cardinal McGarrick, archevêque de Washington à réuni un groupe de travail sur la participation des catholiques à la vie politique. Mgr McCarrick cherche l’apaisement et distingue "le problème personnel (John Kerry peut-il communier ?) du problème politique (la question de l’avortement doit-elle guider le choix des électeurs catholiques ?) Dans une série d’entretiens, il rappelle aux catholiques que le choix du vote doit se faire en considérant un vaste éventail de sujets ; la question de la vie est primordiale, déclare-t-il mais on ne saurait l’ériger en critère unique de choix politique." Il conclut "les pasteurs de l’Église ne dictent pas aux fidèles leurs choix politiques."

En mai 2004, l’évêque de Colorado Spring, Monseigneur Michael Sheridan, donne une nouvelle dimension au débat en précisant dans une lettre pastorale que les fidèles qui voteraient pour un candidat favorable à l’avortement, l’euthanasie, la recherche sur les embryons ou le "mariage" homosexuel devraient s’abstenir de communier jusqu’à ce qu’ils aient confessé leurs péchés.

Pierre Noël rapporte que dans une note confidentielle à l’archevêque de Washington, le cardinal Ratzinger, Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, affirme qu’un pasteur doit rappeler l’enseignement de l’Église à un homme politique favorable à l’avortement légal. En cas de persistance dans cette position, il faut lui refuser l’accès à la communion eucharistique. A propos du vote, le Cardinal apporte une distinction importante. Un catholique qui voterait pour un candidat favorable à l’avortement légal ou à l’euthanasie en raison de cette position se rendrait coupable de "coopération formelle" dans le mal et ne pourrait se présenter à la communion eucharistique. Par contre s’il choisit ce candidat pour d’autres raisons et malgré sa position sur l’avortement et l’euthanasie il se rend seulement coupable de "coopération matérielle indirecte" ce qui peut être permis en cas de "raisons proportionnées". Monseigneur Myers archevêque de Newark (New Jersey) ajoute : dans l’élection en cours, rien (ni la guerre en Irak ni les politiques économiques et sociales) n’est de nature à contrebalancer la question du respect de la vie. Les catholiques ne peuvent invoquer des "raisons proportionnées" pour apporter leur soutien à John Kerry.

Les derniers sondages indiquent que les votes catholiques se portent sur Kerry pour 36% et sur Bush pour 52%. Une progression de 22 points en 4 m mois pour le candidat républicain.

Pour l’auteur, la question du respect de la vie a été "utilisée par ceux qui, dans l’Église américaine, souhaiteraient que le vote des catholiques soit entièrement acquis au Parti républicain" au risque de mettre en péril l’unité de l’Église des États-Unis.

Lire en ligne la "Note doctrinale sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique du cardinal Ratzinger" publiée en français en janvier 2003 et la revue de presse Genethique du 20 janvier 2003

La Croix 12/10/04

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