Un coup d’Etat bioéthique

Publié le : 29 janvier 2003

Grégory Bénichou, professeur d’éthique à la chaire ESSEC-Santé – Bernard Edelman, avocat à la Cour – Christophe Eoche-Duval, juriste – le Pr Claude Huriet , conseiller d’Etat, ancien membre du Comité consultatif national d’éthique –  le Pr Lucien Israël , professeur émérite de cancérologie, membre de l’Institut et Jean- Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune, s’indignent dans le Figaro de l’autorisation accordée pour l’importation de cellules souches embryonnaires : "nous avons été stupéfiés d’apprendre que […] le ministre de la recherche avait pris sur lui, le 30 avril 2002, d’autoriser l’importation "en contrebande" de cellules souches provenant non pas de personnes adultes donneuses mais d’embryons humains""Agir ainsi caractérise, outre la violation du droit républicain, le mépris du Sénat et au delà le mépris de notre démocratie" déclarent-ils. Ils rappellent que seul un projet de loi discuté et adopté dans les conditions de l’article 45 de la Constitution, et promulgué selon son article 10, après son examen éventuel par le Conseil constitutionnel, devient loi de la République. Ce coup d’Etat bioéthique n’a que pour objectif de prôner dans la précipitation, l’usage thérapeutique des cellules souches embryonnaires.

Par ailleurs, ces experts de la bioéthique rappellent  les ressources extraordinaires mais trop peu exploitées des cellules souches adultes et en premier lieu leur plasticité insoupçonnée. Transplantées dans un organe différent de leur organe d’origine, elles peuvent se transformer en cellules spécialisées d’un type différent de celui pour lequel elles se trouvaient initialement programmés. Ces cellules adultes se retrouvent non seulement dans le muscle, le foie, le pancréas et le cerveau mais également dans la moelle osseuse, le sang et le sang du cordon ombilical. Leur rôle naturel est la réparation tissulaire. Ces cellules ne manifestent leur capacité de prolifération et de différenciation que lorsque cela est nécessaire au maintien de l’intégrité de l’organisme. L’existence d’un mécanisme de contrôle de la prolifération de ces cellules permet donc de les utiliser sans danger dans le cadre de la thérapie cellulaire.

Les cellules souches embryonnaires, elles, résultent de manipulations en laboratoires qui transforment en lignées cellulaires les cellules issues de l’embryon. Ces cellules en raison de leur immaturité n’ont pas les caractéristiques immunologiques nécessaires à leur régulation et elles ont surtout un fort potentiel de prolifération ce qui les rend dangereuses. Ce fait est aujourd’hui reconnu par le Dr John Geahart, pionnier  de la recherche sur les cellules souches embryonnaires aux USA qui vient de concéder que les cellules souches embryonnaires ne pourront vraisemblablement jamais être utilisées en thérapeutique du fait de leur risque cancérigène.

Considérer que les recherches sur les cellules souches adultes et embryonnaires sont équivalentes est non seulement une erreur mais surtout une perte de temps et une injustice pour les malades qui ne demandent qu’à être soignés sans utopie, concluent-ils.

Le Figaro (Grégory Bénichou - Bernard Edelman - Christophe Eoche-Duval - Pr Claude Huriet - Pr Lucien Israël - Jean- Marie Le Méné) 29/01/03

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