Théorie du genre en France : l’obstination gouvernementale malgré le rejet citoyen – Interview de Ludovine de la Rochère

Publié le 31 Mai, 2013

Le projet de loi “d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République”  débattu depuis mars 2013 vient d’être adopté le 25 juin en deuxième lecture au Sénat. Il proposait notamment l’enseignement de la théorie du genre à l’école. Cette théorie, qui a fait l’objet d’un vif débat en France depuis son introduction dans les manuels de 1ère en 2011, continue d’être subrepticement invoquée par les uns et fortement dénoncée par les autres. La théorie du genre agit-elle concrètement en France ? Ludovine de la Rochère,  présidente de la Manif Pour Tous, répond à Gènéthique.

G : Le projet de loi sur la refondation de l’école était redouté notamment pour son article 31 relatif à l’enseignement du genre à l’école. Les parlementaires ne l’ont finalement pas adopté. A quoi avons-nous échappé concrètement?

 

L. d. L. R. : Nous avons échappé à un danger très grave pour l’enfant. En effet, un tel enseignement aurait conduit à évoquer auprès des élèves les différentes dimensions de l’identité sexuelle – biologique et sociale au moins – et à évoquer les questions d’orientation sexuelle en les présentant toutes sur le même plan. A l’évidence, remettre en cause ce qu’est l’identité sexuelle, brouiller les repères, détailler les diverses sexualité possibles, etc, est gravissime pour les enfants. En classe maternelle et primaire ils sont en pleine construction de leur personnalité. Quant à la description des diverses pratiques sexuelles, elle ne peut que les blesser profondément : ce n’est pas de leur âge !

Malheureusement, ce n’est pas parce que cet amendement a été supprimé que les enfants sont sauvés de toute propagande : l’actuel Ministre de l’Education nationale, explique en effet, dans son ouvrage Refondons l’école, que “la lutte contre les stéréotypes de genre et l’homophobie doit être menée avec force, à tous les niveaux de l’enseignement” (page 128). Compte-tenu de l’insistance qu’il met sur ce sujet, il est fort à craindre que Vincent Peillon ne s’en tienne pas là.

Par ailleurs, les députés européens débattent eux aussi, en ce moment même, d’un texte en vue de l’enseignement du genre dans l’institution scolaire.

Il nous faut donc rester très mobilisés sur ce sujet !

 

G : Ce rejet témoigne-t-il d’un désaccord des parlementaires, et plus largement des Français, à cette théorie ?

 

L. d. L. R. : Oui, il résulte de l’opposition d’une partie des parlementaires, mais surtout du refus de la rue. Ce recul est bien le fruit de l’immense mobilisation de cette année 2012-2013 contre la loi Taubira, la PMA pour tous et la GPA. Cette idéologie est  en effet le fondement de la loi Taubira. C’est pourquoi, dès le début du mouvement, elle a clairement été identifiée comme telle et conspuée sur les banderoles et dans les slogans de La Manif Pour Tous.

Ainsi, ce recul a été présenté comme une volonté d’apaisement, en vertu de laquelle Vincent Peillon a lui-même demandé à la député Julie Sommaruga de retirer son amendement.

Cependant, nous savons à quel point le Pouvoir est capable de tricher. Il peut notamment jouer sur les mots : le fameux programme de SVT de 1e, par exemple, comportait un nouveau chapitre “Devenir homme ou femme”. C’est cet intitulé ambigu qui a permis aux éditeurs d’introduire les questions de genre dans leurs manuels.

 

G : Le mariage homosexuel n’est-il pas une émanation très concrète de l’intégration de la théorie du genre dans la société française ?

 

L. d. L. R. : Il est clair que légaliser le “mariage” homosexuel, c’est considérer qu’un couple formé de deux hommes ou de deux femmes revient au même qu’un couple homme-femme, et donc que le sexe importe peu, au contraire de l’orientation sexuelle. Ainsi, le “mariage” homosexuel fait bien partie des conséquences de la théorie du genre et donc de son imprégnation inconsciente par les Français.

Mais il est aussi la conséquence de l’obsession égalitaire, qui est elle-même antérieure à la construction de la théorie du genre. L’égalité, c’est ce que réclamait déjà le marxisme ! Depuis des dizaines d’années, l’égalité est devenue une fin en soi, un absolu. Cette fameuse égalité a été le leitmotiv de M. Hollande et de M. Taubira. Le drame c’est que l’égalité n’a pas de sens quand on compare ce qui ne l’est pas : en ce qui concerne l’engendrement, deux hommes ou deux femmes ne peuvent être égaux à un homme et une femme. Or la protection des enfants à venir est la raison d’être du mariage civil.

Pour en revenir à la théorie du genre, elle va d’ailleurs encore plus loin. Elle tire son origine d’un courant féministe radical. Prônant au départ l’égalité entre homme et femme, elle en est venue à dire que l’homme et la femme ne sont pas réellement différents, que c’est en fait la société qui majore ou qui crée ces différences, ceci pour cantonner les femmes dans des rôles subalternes. Ainsi, l’identité sexuelle ne serait pas liée au sexe biologique, mais à la culture environnante. C’est pourquoi on utilise de plus en plus le terme de “genre”, qui désigne la dimension sociale de l’identité sexuelle, au lieu du terme “sexe”. 

 

G : Le gouvernement s’est associé pour la quatrième fois consécutive à la campagne de promotion de Ligne Azur (1). En outre, Vincent Peillon souhaite mettre en place des cours d’éducation sexuelle aux  enfants délivrés par des associations gays. Quel est l’objectif de toutes ces initiatives qui s’enchainent ?

 

Le premier objectif a été publiquement énoncé par Vincent Peillon dans une interview donnée au Journal du Dimanche : Il s’agit d’ “arracher l’enfant à tous les déterminismes, familial, ethnique, social et intellectuel. ” (Interview du 1er septembre 2012). Le deuxième objectif l’a été par le même ministre : il s’agit de “produire un individu libre, émancipé de toutes les tutelles – politiques, religieuses, familiales, sociales” (Refondons l’école, Vincent Peillon, page 12).  Il est fait que plus la propagande démarre tôt, plus elle est efficace !
 

(1) Un site internet sur l’orientation sexuelle qui relaie la théorie du genre

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