Tests anténatals : vers un eugénisme industriel ?

Publié le : 17 septembre 2010

Dans Liberté Politique, Pierre-Olivier Arduin revient sur l’actuel travail de perfectionnement des tests de diagnostic prénatal qui fait craindre une forte accélération de l’eugénisme anténatal. Les industries biotech mettent actuellement au point "une méthode fiable de routine" visant à détecter "la plupart des anomalies génétiques et chromosomiques humaines à partir d’une simple prise de sang chez la mère" (Cf. Synthèses de presse d’août 2009, du 30/06/10, du 09/09/10).

On constate que le dépistage de la trisomie 21 est déjà passé à la vitesse supérieure depuis l’arrêté du 23 juin 2009 "fixant les règles de bonnes pratiques en matière de dépistage et de diagnostic prénatals avec utilisation des marqueurs sériques maternels de la trisomie 21" (Cf. Synthèse de presse du 03/07/09 ). Ce dépistage précoce combine échographie et dosage des marqueurs sériques maternels avant la fin du troisième mois de grossesse. Il consiste en un calcul statistique qui sera suivi d’un diagnostic établi au moyen de méthodes invasives risquées (amniocentèse ou choriocentèse), si le risque est supérieur à 1 sur 250. Dépistage et diagnostic sont encore deux étapes indépendantes dans ce système.

Les recherches actuelles d’un test précoce du sang maternel vise à "faire du dépistage et du diagnostic une seule et même étape". Start-up pharmaceutique et acteurs des biotech sont déjà sur "le pied de guerre pour mettre sur le marché ‘le diagnostic prénatal de la trisomie 21 non invasif’", prévoyant des retombées financières juteuses.

En France, le Conseil d’Etat avait pourtant reconnu en 2009 que l’eugénisme pouvait se manifester comme "résultat collectif d’une somme de décisions individuelles convergentes prises par les futurs parents" (Cf. Synthèse du 06/05/09).  Il ajoutait que la suppression de 96% des enfants trisomiques 21 dépistés révélait l’existence d’ "une pratique individuelle d’élimination presque systématique".

Le test sanguin se développe actuellement selon deux approches : l’analyse des cellules foetales ou l’analyse de l’ADN foetal recueilli dans le sang maternel. La première utilise une méthode originellement destinée à détecter des cellules tumorales, la méthode ISET (pour isolation by size of epithelial tumor cells). Le test ISET conjugue "une technique de filtrage permettant d’amplifier le taux de cellules fœtales et un séquençage de l’ADN cellulaire recueilli après microdissection". Sa fiabilité pour le dépistage de la mucoviscidose a été validée par une équipe de l’hôpital Necker-Enfants malades, sous la responsabilité du Pr Patrizia Paterlini-Bréchot. Selon celle-ci, cette méthode serait applicable à toute anomalie chromosomique ou maladie génétique. La deuxième approche se fonde sur l’étude de l’ADN foetal extrait du sang maternel et analysé par des séquenceurs à haut débit. Des chercheurs de l’université de Stanford aux Etats-Unis ont commencé de vastes essais pour valider ce procédé.

Des chercheurs entrevoient déjà la mise en place "de plates-formes combinant plusieurs analyses afin de cribler l’essentiel des pathologies génétiques et chromosomiques humaines". "Passer à l’étape industrielle" est la perspective envisagée par de nombreuses firmes.

Une amplification de l’eugénisme anténatal se dessine car "l’alliance monstrueuse entre la discrimination par le génome et l’efficience technique est porteuse d’une puissance considérable de traque des individus ‘non conformes’". Pierre-Olivier Arduin évoque le juriste Roberto Adorno qui prévoit les répercussions considérables de l’eugénisme sur les relations interpersonnelles : "les enfants étant de moins en moins désirés pour eux-mêmes, on assisterait selon lui à une transformation progressive de l’idée même de paternité qui deviendra conditionnelle". Il devient plus que nécessaire de considérer à nouveau la condition fragile de l’être humain : " ‘seul un monde qui permet aux hommes de vivre et d’être acceptés avec leurs propres handicaps et limites est, à long terme, un monde humain, un monde qui n’exige pas la perfection pour reconnaître le droit de vivre, un monde dans lequel la compassion et l’amour sont appelés à jouer un rôle dans les relations réciproques’ ".

Liberté Politique.com (Pierre-Olivier Arduin) 17/09/10

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