Premiers pas vers l’euthanasie : entre émoi et effroi

Publié le 1 Avr, 2021

La conquête de « l’ultime liberté » a fait son premier pas en France hier soir, alors que le gouvernement annonçait un nouveau confinement. Pendant que les Français accusent le coup d’un énième confinement, la représentation nationale adopte en commission l’aide active à mourir pour les personnes majeures, capables, conscientes ou inconscientes, atteintes d’une maladie incurable infligeant une souffrance physique ou psychique qu’elles jugeraient insupportable (cf. L’euthanasie examinée en commission par les députés).

L’indécent décalage des promoteurs de l’euthanasie

Le décalage entre la réalité vécue par les Français et le débat d’hier soir est indécent. D’autant plus que, du fait des restrictions sanitaires, la majorité des députés présents en commission étaient promoteurs de l’euthanasie et se congratulaient de faire passer le texte d’Olivier Falorni (PS) dans la niche libertés et territoire le 8 avril prochain. L’émoi de cette majorité de députés fait froid dans le dos. « Je suis émue », exprime Caroline Fiat (La France Insoumise), les larmes aux yeux, se félicitant de ce pas vers la légalisation de l’administration d’un produit létal. La députée a fait rire plusieurs fois ses collègues par son sans gêne décalé lorsqu’elle prenait la parole pour répondre aux citoyens en direct et les enjoindre de rédiger leurs directives anticipées.

Les arguments bien trop connus, sont martelés, laissant place à la confusion et à l’inversion des valeurs : « ce n’est pas le médecin qui tue le malade, c’est la maladie qui nous tue, pas le médecin, pas le juste qui apporte un geste d’amour, de compassion qui humanise l’agonie », récite Jean-Louis Touraine. Philippe Vigier (Modem) rajoute à la confusion : « tant qu’il existe un droit de retrait pour le médecin [NDLR : comprendre l’objection de conscience], le serment d’Hippocrate est respecté ».  Marine Brenier (LR) ou Maxime Minot (LR) ne sont pas les derniers à œuvrer pour la mort provoquée et s’affichent proches d’Olivier Falorni. Ce dernier le dit dès le début : « je ne cesserai de répéter et répéter encore » la nécessité de légaliser l’aide active à mourir du fait des euthanasies clandestines, des euthanasies de Français à l’étranger, de « l’absence d’avancées des soins palliatifs »… Lui-même s’étrangle d’émotion en disant que pour la première fois depuis ses 10 ans de députation il défend un amendement trans-partisan signé par plus de 225 députés pour conquérir « l’ultime liberté ». En définitive, après six heures de débat on est assommé d’entendre pleurer sur ceux qui ont, en réalité, enfreint délibérément la loi pour mourir ou qui ont « fui pour mourir » comme le rappelle Agnès Firmin le Bodo (Agir ensemble). Seuls quelques députés ont exprimé leur effroi, comme Caroline Janvier (LREM) qui a répété plusieurs fois son désaccord sur le fond, mais aussi sur la forme, insistant sur l’absence de concertation avec les citoyens à 1000 lieues de s’imaginer ce qui se votait ce soir.

 Le dénigrement des personnes vulnérables

Lorsque les députés ont abordé les amendements relatifs à l’euthanasie des personnes inconscientes, et à la hiérarchisation des membres de la famille pour prendre la décision de mort, Jean-Louis Touraine n’a pu s’empêcher d’exprimer son aversion pour les personnes les plus vulnérables comme l’était Vincent Lambert. « 11 ans de survie végétative » clame-t-il, sans penser aux 1500 personnes pauci-relationnelles et leurs familles qui pourraient être impactées par de tels propos. On comprend que cette hiérarchisation des membres de la famille est l’écho de l’affaire Vincent Lambert. Thibault Bazin (LR) ou Bénédicte Pételle (LREM) ont tenté de raisonner : « le législateur n’a pas à rentrer dans l’intimité familiale », « on ne légifère pas suite à une affaire médiatisée », en vain.

Les courageux contestataires attentifs à la médecine et à la vie

Malgré le rouleau compresseur pro-euthanasie, on peut saluer la qualité des rares contestataires attachés à la médecine hippocratique, au premier rang desquels les médecins Marc Delatte, Didier Martin, et Thomas Mesnier (LREM), mais aussi les députées Caroline Janvier, Marie Tamarelle ou Bénédicte Pételle (LREM), et Thibault Bazin (LR). Certes ils étaient en minorité, mais ils ont tenu bon. Didier Martin (LREM) a souligné toutes les contradictions et absurdités de la loi : « demander l’euthanasie quand on souffre n’est pas un choix libre, une loi qui autorise l’euthanasie médicale est une loi pour les forts qui ne protège pas les faibles ». Il souligne que la vérification a posteriori par la commission dédiée à encadrer les euthanasies n’a aucun sens : « l’euthanasie c’est un homicide donc si vous voulez éviter des procédures judiciaires pour homicide il vaudrait mieux vérifier avant. » Il renchérit autant qu’il peut : « Est-ce que le droit à obtenir la mort d’un proche ne vous pose pas question ? […] C’est la question la plus grave de ce texte et nous y travaillons « au galop » ». Il alerte « J’ai entendu le mot mineur, Alzheimer, personnes polyhandicapées, attention aux dérives ». Enfin il se fâche lorsque les députés abordent l’article 4 qui prévoit de qualifier la mort par euthanasie en « mort naturelle » : « Alors là, on atteint le comble ». Son confrère Marc Delatte après plusieurs prises de paroles fortes s’insurge lui aussi, jusqu’à tourner en dérision la démarche des pro-euthanasie : « Vous voulez légiférer sur le serment d’Hippocrate peut-être ? », tandis que Thomas Mesnier affirme lui aussi avec force « cette loi est contraire au serment d’Hippocrate ».

Enfin, on est ému, comme elle, lorsque Bénédicte Pételle conclut en fin de commission : « Ce soir je suis triste car si les soins palliatifs étaient plus développés on n’en serait pas là […] j’ai peur que les malades se sentent un poids, peur de notre capacité à prendre soin les uns des autres, à accepter la vulnérabilité. » On ne peut s’empêcher d’avoir peur comme elle.