Plaidoirie pour mères porteuses

Publié le 25 Nov, 2008

Dans Libération, la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval et le gynécologue-obstétricien François Olivennes fustigent le récent rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) dans lequel les parlementaires se prononcent contre une légalisation de la pratique des mères porteuses (cf. Synthèse de presse du 18/11/08). Pour eux, les mères porteuses sont une forme de "parenté moderne", "composée de la participation corporelle d’un ou de plusieurs parents" et "n’est en aucun cas un mode d’acharnement procréatif".

Les auteurs estiment qu’il n’est pas juste que les femmes souffrant de pathologies utérines soient les seules à ne disposer d’aucune solution pour avoir un enfant issu d’elles – à moins de se tourner vers l’étranger moyennant des coûts exorbitants – quand les femmes sans ovaires peuvent recourir au don d’ovocytes, les hommes sans spermatozoïdes au don de sperme et les couples stériles au don d’embryon. Ils tentent de démontrer que "penser que la grossesse constituerait la maternité et donc qu’abandonner un enfant que l’on a porté constituerait un dommage irréparable" est "un postulat simpliste" en affirmant qu’"en langage psychanalytique, la "maternalité" est un processus de maturation psychique qui est loin de se calquer sur la grossesse et l’accouchement". "L’amalgame entre état de grossesse et maternité induit une représentation biaisée qui parasite la compréhension de la GPA [gestation pour autrui, NLDR] dans le contexte de l’aide médicale à la procréation (AMP) qui a fait "éclater" la notion de maternité en trois personnes éventuellement différentes : les mères génétique, utérine et d’intention", poursuivent-ils.

Ils se basent ensuite sur "les études étrangères sur la GPA qui ont suivi des cohortes de gestatrices" – sans en citer une seule – pour assurer que "des femmes peuvent porter un enfant pour une autre femme sans souffrir de troubles psychiques". Ils ajoutent ensuite que "pour un enfant, naître dans une situation de gestation pour autrui dans laquelle il est relié de manière naturelle à ses parents (car il a été conçu avec leurs gamètes) est une situation sans doute moins compliquée que celles qui existent dans certaines des formes de dissociations de la parentalité prévues dans la loi de bioéthique, tel l’"accueil d’embryon" ou le "don" d’ovocytes".

Les auteurs considèrent ensuite qu’"il est totalement absurde de penser que des femmes pourraient gagner leur vie de cette façon" et qu’"un strict encadrement peut prévenir le risque de dérive". D’après eux, "les dédommagements qui seraient proposés ne constitueraient en rien une rémunération". Quant aux motivations des mères porteuses, ils certifient que "les gestatrices font preuve (…) d’un acte de générosité extrême à l’égard d’une femme désespérée".

"Le moment semble venu d’admettre légalement une forme de GPA", concluent-ils, en ajoutant évidemment qu’"il est bien entendu essentiel qu’en soient délimitées clairement les indications médicales et que la future loi de bioéthique l’encadre"…

Libération (Geneviève Delaisi de Parseval, François Olivennes) 25/11/08

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