Outil de l’eugénisme et du transhumanisme, la PMA doit-elle être combattue ?

Publié le : 3 novembre 2014

Dans une interview accordée au quotidien Libération, Alexis Escudero, auteur du livre La reproduction artificielle de l’humain, revient sur les dérives soulevées par le recours la procréation médicalement assistée (PMA), entre exploitation du corps des femmes, eugénisme et transhumanisme.

 

Pour l’auteur, indépendemment des débats qui agitent l’opinion publique, la PMA doit être combattue en temps que telle. Elle s’est transformée en « un super marché mondialisé de l’enfant » qui représentait 3 milliards de dollars en 2007, faisant aujourd’hui prospérer des centaines d’entreprises. Pour lui, « la liberté si fièrement revendiquée n’est qu’une liberté de consommateurs » qui seront susceptibles de formuler des réclamations quand l’enfant ne sera pas conforme aux désirs exprimés. Alexis Escudero cite en exemple un couple de femmes homosexuelles américaines qui « vient de porter plainte parce que leur fille, née suite à un don de sperme, est métisse ». Aux Etats Unis, de plus en plus de couples fertiles ont recours à la Fécondation in vitro (FIV). Grâce au diagnostic pré-implantatoire, « les parents peuvent s’assurer que leur progéniture sera exempte de plus de 400 maladies. Ils peuvent également choisir le sexe du bébé ». C’est aussi le moyen de perpétuer aussi un certain nombre d’inégalités sociales quand « les ovules d’une diplômée de Yale sont beaucoup plus onéreux que ceux d’une étudiante de l’université d’Oklahoma » et que « des couples fertiles aisés ‘sélectionnent’ leur futur enfant ».

 

Au delà de la marchandisation du corps et de l’enfant, des questions émergent quand, sous prétexte d’égalité, « on parle de faire advenir [pour des homosexuels], par la technique, une capacité biologique identique à celle des hétéros. D’abord, cette conception de l’égalité est celle des transhumanistes. Elle confie à la technologie le rôle d’effacer les différences biologiques. » Ce qui signe pour l’auteur « une forme de pessimisme libéral, un renoncement à la vie politique.Notre société étant incapable de permettre aux hommes et aux femmes de vivre selon leurs différences, on confie cette tâche au marché et à la technologie ». Et il rappelle qu’«on ne peut pourtant pas ignorer nos déterminismes biologiques, nos limites naturelles. La nature est contraignante. Mais elle n’est ni bonne ni mauvaise. S’émanciper de la nature n’est pas forcément synonyme de liberté. »

 

Alexis Escudero revient également sur l’actualité. Selon lui, les greffes d’utérus, la congélation des ovocytes, l’utérus artificiel devraient soulever des interrogations de fond sur les représentations sociales : pourquoi des femmes sont-elles prêtes à prendre d’importants risques pour leur propre santé en demandant une greffe d’utérus ? Quel est le rôle de ceux qui n’ont pas d’enfants ? Pourquoi le désir d’enfant ne se traduit-il pas en demande d’adoption ? Au sujet de l’utérus artificiel, il note que « l‘horizon de cette technique, c’est la désincarnation, l’affranchissement du corps » que voudraient imposer les transhumanistes. Ils disposent aujourd’hui de réels moyens pour atteindre leur objectif : « Créer une race d’humains supérieurs en s’hybridant avec la machine ».

<p>Libération (Laure Noualhat) 01-11-2014</p>

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