Monseigneur Bozo répond à Luc Ferry : s’affranchir des lois de la nature ne peut être sans conséquences

Publié le : 15 octobre 2018

Non, « prendre la nature pour modèle », ce n’est pas la loi naturelle, ratifier « la compétition cruelle qu’elle impose », non plus. Monseigneur Pierre-Antoine Bozo, évêque de Limoges et membre du groupe de travail des évêques sur les lois de bioéthique répond à la chronique intitulée « Nature et PMA » de Luc Ferry, publiée le 11 octobre dernier dans Le Figaro. Il précise ce que l’Eglise entend par « loi naturelle » : la loi naturelle n’appartient pas à l’Eglise, elle fait partie d’un « patrimoine commun », et n’est pas une « soumission aux lois physiques de la nature ». De plus, elle ne s’impose pas de façon évidente aux yeux de tous, mais elle « fait appel à la raison et au discernement ».

 

En 2009, la Commission Théologique Internationale a défini la loi naturelle comme la capacité qu’ont « les personnes et les communautés humaines, à la lumière de la raison, de discerner les orientations fondamentales d’un agir conforme à la nature même du sujet humain et de les exprimer de façon normative ». Ainsi, le récent texte publié par les évêques de France pour prendre position sur la PMA ne parle pas d’une nature qui serait elle-même normative, mais bien d’un « discernement éthique posé en raison ». Sans remettre en question les progrès scientifiques et médicaux, ce texte interroge la responsabilité du législateur quant à l’usage de ces découvertes, et notamment quant à leurs conséquences sur les plus fragiles et les plus vulnérables de notre société. Si les évêques émettent des réserves sur la PMA, ce n’est pas parce que la technique est nouvelle, mais bien « parce que sa mise en œuvre elle-même interroge : quid des embryons surnuméraires, de l’anonymat du don, des techniques de sélection et du développement de l’eugénisme libéral qu’elle implique ? ».

 

Luc Ferry, de son côté, oppose la nature, « cruelle », et « tout ce que l’humanité a fait de grand », qui serait « artificiel, antinaturel ». Monseigneur Bozo rappelle que pourtant « les chercheurs scrutent toujours plus la nature pour y découvrir des secrets cachés qu’elle pourrait reproduire et utiliser » et s’interroge sur la réalité d’un progrès qui ne se ferait qu’en ignorant la nature. Il rappelle aussi les « conséquences inquiétantes de nombre de nos réalisations techniques liées aux progrès scientifiques, en matière de climat, de ressources naturelles comme en termes de santé publique », seraient-elles négligeables ? Si les lois de la nature ne sont pas un absolu en soi, il y a peut-être un « message éthique contenu dans l’être » qu’il serait judicieux de « scruter en faisant œuvre de discernement et de raison ».

 

Les projets actuels d’ouverture de la PMA rebattent les cartes de réalités naturelles telles que procréation, grossesse, maternité, paternité ou filiation. Peut-on s’affranchir sans conséquence de la cohérence globale de ce tout ? Monseigneur Bozo y voit une « question écologique » faisant face à une « prétention techno-scientifique dominatrice » et met en lumière l’urgente nécessité de plus « d’écoute et de respect face à la nature ».

<p>Le Figaro, Monseigneur Pierre-Antoine Bozo (12/10/2018)</p>

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