Médecine régénérative et utopie de l’immortalité

Publié le : 11 janvier 2011

Le Figaro Magazine consacre un dossier au projet fantasmatique de la médecine régénérative : assurer à l’homme l’immortalité. Alors que l’on sait aujourd’hui assembler les molécules, voire en fabriquer d’artificielles, la science espère pouvoir régénérer, modifier ou concevoir organes et tissus afin de neutraliser les effets du vieillissement.

Le journaliste cite ainsi le Pr Vladimir Skoulatchev, membre de l’Académie des sciences russe et doyen de la faculté d’ingénierie biologique de l’université de Moscou, qui vient de mettre au point un médicament qui empêcherait "le vieillissement des tissus à tous les stades". Son entreprise est appuyée par le président Dmitri Medvedev et la société d’Etat Rosnano chargée des nanotechnologies, qui a investi 440 millions d’euros dans l’affaire. Aux USA, au Massachusetts Institute of Technology de Boston, l’équipe du Pr Leonard Guarante travaille sur un gène qui a la faculté de rallonger la vie de tous les organismes : l’activation de ce gène chez les souris donne des résultats étonnants.

Ce sont les acteurs "d’une révolution telle que la biologie n’en a jamais rencontré dans son histoire. Nous sommes parvenus à l’ultime frontière et pour beaucoup l’ultime tabou : l’écriture ou plutôt la réécriture du livre de la vie", estime Joël de Rosnay, auteur de Et l’homme créa la vie.

Par ailleurs, selon les statistiques, tous les enfants naissant après 2027 pourraient être centenaires. Cette promesse serait confirmée par les progrès de la génétique et sa capacité à lutter contre les maladies dégénératives. "Les facteurs génétiques interviennent pour certaines maladies mais aussi pour le vieillissement de nos cellules. Des chercheurs allemands sont par exemple en train d’étudier 138 centenaires japonais. Il semblerait que leur équipement génétique un tout petit peu différent soit à l’origine de leur possibilité d’atteindre un âge élevé", explique Roland Moreau, médecin et biophysicien, inspecteur général des Affaires sociales.

Pour les scientifiques, la découverte des cellules reprogrammées par le Pr Yamanaka ouvre de nouvelles perspectives : il serait possible de réparer tout organe par injection de cellules "se spécialisant et se plaçant au bon endroit pour combler une défaillance". "Aujourd’hui, on essaie de reconstituer des neurones pour lutter contre Parkinson ou Alzheimer, du pancréas pour produire de l’insuline pour le diabète", confirme Serge Braun, directeur scientifique de l’association française contre les myopathies (AFM).

Ce projet d’immortalité est particulièrement porté par le courant transhumaniste dont le but est d’inventer un "plus qu’humain". Née dans les années 90 aux USA, l’idéologie transhumaniste défend l’idée "que les sciences et les techniques peuvent améliorer les caractéristiques physiques et mentales de l’homme". Jean-Michel Besnier, philosophe, prévient pourtant : "Le monde qui résulterait des prophéties technologiques du transhumanisme serait celui d’êtres solitaires qui auraient sans doute perdu l’essentiel : les relations entretenues les uns avec les autres en acceptant nos vulnérabilités, qui sont au fondement de la solidarité des êtres humains".

Pascal Bruckner, essayiste, renchérit : "Quant à l’immortalité, elle n’est pour l’instant qu’une hypothèse; un rêve tant qu’elle reste inaccessible, mais peut-être un cauchemar si elle se réalisait. (…) la seule question qui vaille est celle-ci : sommes-nous sûrs d’avoir vraiment vécu avant notre mort ? (…) La vraie vie n’est pas dans la durée mais dans l’intensité."

Le Figaro Magazine 08/01/11

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