Manipulation médiatique autour de la recherche sur l’embryon humain

Publié le : 1 avril 2011

Après l’adoption par la Commission des Affaires sociales du Sénat d’un amendement autorisant la recherche sur l’embryon humain, la publication jeudi 31 mars 2011 de travaux du Pr Marc Peschanski réalisés sur des cellules souches embryonnaires alimente le débat sur la recherche sur l’embryon et accentue la pression exercée par certains scientifiques sur les sénateurs.

L’étude du Pr Marc Peschanski, publiée dans Cell Stem Cell, présente en effet les résultats de ses recherches sur la maladie de Steinert, une dystrophie musculaire. A partir de cellules souches issus d’embryons atteints de cette pathologie et triés lors d’un diagnostic préimplantatoire, une de ses équipes du laboratoire I-Stem aurait réussi à mieux comprendre certains désordres dans la communication entre le système nerveux et les muscles. Par ailleurs, par criblage de molécules (tests de centaines de molécules sur des cellules souches embryonnaires), le Pr Marc Peschanski a annoncé avoir identifié deux composés pharmacologiques ayant potentiellement un "effet thérapeutique" sur cette maladie. "Avec ces travaux, le Pr Marc Peschanski entend bien démontrer la nécessité de travailler sur l’embryon et donc de changer la loi", note Le Figaro. Une manœuvre médiatique qui semble efficace puisque le rapporteur de la Commission des Affaires Sociales Alain Milon s’est dit sensible à ces "arguments".

Pourtant, de nombreuses voies s’élèvent pour dénoncer un manquement à "la déontologie de publication des travaux de recherche" et une atteinte à la dignité de l’embryon humain. Le maintien de l’interdiction de la recherche sur l’embryon compte de nombreux partisans. Le ministre de la Santé Xavier Bertrand déclarait pour sa part le 3 février dernier dans l’hebdomadaire La Vie : "Notre position de 2004 reste la bonne : une interdiction, mais avec des dérogations très encadrées. Notre projet se veut équilibré et rassurant (…). Il prend en compte la dimension particulière de l’embryon mais permet aussi à la recherche de progresser pour le bien de tous".

Pour la sénatrice Marie-Thérèse Hermange, la fin ne justifie pas les moyens et la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines ne fait pas exception. Elle s’oppose au régime d’autorisation, rappelant que "la loi de 2004 en posant le principe d’une interdiction avec dérogation dit symboliquement la dignité de l’être humain car, qu’on le veuille ou non, l’embryon, c’est bien un début d’être humain, personne ne peut lui contester ce statut."

Pour Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune, "la réalité, c’est que l’on va vendre ce service aux labos, c’est-à-dire faire du business sur la destruction d’êtres humains ! Comme si cela n’avait plus d’importance… " "La loi de 2004 accepte la recherche sur l’embryon à condition qu’elle permette des avancées thérapeutiques majeures et qu’il n’y ait pas d’autres alternatives. Or, les travaux de M. Peschanski ne répondent pas à ces deux critères", précise-t-il encore. Par ailleurs, la modélisation de la dystrophie myotonique de Steinert et le criblage de molécules pourraient se faire à partir de cellules iPS (cellules souches reprogrammées). Lors de son audition devant la commission spéciale de l’Assemblée nationale, le 12 janvier 2011, le Pr Jacques Testart avait rappelé de manière claire que les "iPS constituent bien une méthode alternative d’efficacité comparable en l’état des connaissances scientifiques (…) et permettent d’obtenir un bien plus grand nombre de lignées, beaucoup plus diverses que les cellules embryonnaires, ce qui devrait permettre de répondre aux enjeux économiques des tests de toxicité des molécules pharmacologiques." Un avis partagé par le Pr Privat qui avait renchéri lors de sa propre audition : "Les cellules iPS permettent non seulement de modéliser mais d’être directement au contact d’une pathologie."

De son côté, l’Alliance pour les Droits de la Vie dénonce un véritable rapt médiatique et la volonté d’instrumentaliser les Parlementaires. "Prétendre soigner l’humanité en instrumentalisant la vie, c’est inacceptable", s’indigne Tugdual Derville, son délégué général.

Pour Mgr d’Ornellas, archevêque de Rennes et président du groupe de travail épiscopal sur la bioéthique, autoriser la recherche sur l’embryon va contre "le respect intangible de la dignité humaine". Il rappelle que "toute notre tradition juridique nous invite à poser l’interdiction comme la reconnaissance d’une valeur inviolable. (…) La recherche qui détruit délibérément l’embryon humain contrevient au principe de respect." L’éthique, loin d’être un frein pour la technique, est au contraire un guide qui permet d’orienter celle-ci au bonheur de l’homme : les revers de l’écologie en sont la meilleure preuve. Interrogé sur la légitimité d’une pétition sur internet appelant les catholiques à signifier leur désaccord avec toute autorisation de la recherche sur l’embryon, il répond : "Ils (les catholiques) ont de l’expérience, de l’expertise, ils sont donc autorisés à parler. Ce n’est pas du lobbying, c’est une parole forte qui peut aussi être une colère. Pourquoi les catholiques n’obéiraient-ils pas à cette interpellation : ‘Indignez-vous !’ ".

Le Figaro (Martine Perez) 01/04/11 - La Croix (Marine Lamoureux, propos recueillis par Anne-Bénédicte Hoffner) 01/04/11 - Le Point.fr (Anne Jeanblanc) 31/03/11 - Le Parisien.fr 30/03/11 - Zenit 31/03/11 - Liberté Politique.com 31/03/11 - Romandie News 31/03/11

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