‘Les questions ignorées de la bioéthique”

Publié le 31 Mar, 2009

La Croix publie une tribune de Jaques Testart, directeur de recherches honoraire de l’Inserm, sur "les questions ignorées de la bioéthique" qui demeurent "après plus de vingt-cinq ans de "débats"(…) largement confisquées par les mêmes acteurs".

Concernant l’assistance médicale à la procréation (AMP), il dénonce l’influence des praticiens "qui abusent souvent de leur compétence technique pour tenter d’éviter une législation contrecarrant leurs activités" et auxquels on confie, via une législation vague, "le contrôle éthique des actes réels".

Quant à "la prétendue recherche sur l’embryon (qui n’est que technologies utilisant l’embryon)", le législateur devrait, selon Jacques Testart, "exiger une pré-expérimentation concluante chez l’animal avant d’autoriser des essais dans l’espèce humaine".

A propos du diagnostic préimplantatoire (DPI), l’auteur se demande comment les Centres pluridisciplinaires de diagnostic prénatal (CPDPN) peuvent être "gardiens de l’éthique". Il regrette que le DPI soit aligné sur le diagnostic prénatal (DPN) alors que "choisir un embryon parmi d’autres dans les éprouvettes est plus "facile" que tuer le seul fœtus présent dans le ventre maternel". Cette "différence devrait inquiéter", poursuit-il, d’autant que la discrimination pourrait bien s’exercer "selon des dizaines de critères, voire l’inspection du génome entier". "Les échecs persistants de la thérapie génique font de la sélection des enfants la seule parade contre les déviances du génome, tandis qu’Internet propose des tests permettant à toute personne de connaître ses risques génétiques… et de solliciter alors le recours au DPI."

Afin de limiter les dérives eugéniques liées au DPI, Jaques Testart énonce trois solutions : limiter le nombre d’ovules mis en fécondation ; créer une liste des pathologies justifiant le DPI ; limiter, hors anomalies chromosomiques, les diagnostics réalisés sur chaque embryon à une seule mutation. La première solution affectant les chances de grossesse et la deuxième stigmatisant certains handicaps et posant le problème de "l’extension inévitable", il retient la troisième qu’il avait déjà évoquée en 2000. "Faute d’un véritable garde-fou, la responsabilité parentale socialement exacerbée (ai-je le droit de mettre au monde un enfant imparfait, donc malheureux ?) finira par rejoindre la "justice" économique (la Sécurité sociale doit-elle couvrir l’inconscience des géniteurs d’enfants handicapés ?)", prévient-il.

Il dénonce ensuite le lieu commun selon lequel "la science va plus vite que l’éthique", "bien commode pour ne légiférer que quand il est trop tard". "Le plus souvent, on peut prévoir les développements technologiques mais, dans le silence bioéthique, la panoplie des techniques va s’accroissant tandis que les réticences vont toujours en diminuant, car l’éthique est "soluble" dans le temps, l’espace, la casuistique… et le marché."

En conclusion, Jacques Testart appelle, sans prôner une "bioéthique universelle", à "davantage de convergence éthique" plutôt que "les larges disparités européennes (…) souvent attribuées à des différences culturelles ou religieuses" mais qui "dépendent surtout de l’influence de quelques élites nationales".

La Croix 31/03/09

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