Les enfants du droit – Bruno Dayez et Stéphanie Manneh

Publié le 30 Août, 2020

Essai sur le paternalisme juridique

Voici un ouvrage qu’un lecteur distrait ou trop pressé risque de parcourir comme un sec registre de constatations d’actualité, d’ordre juridico-sociologique. Cette grille de lecture n’est pas fausse, mais elle est réductrice. Expliquons-nous : l’ouvrage, assez court, est articulé en 45 chapitres de 3 pages en moyenne, traitant essentiellement de questions de droit privé et plus particulièrement d’ordre sociétal. Les auteurs, à de rares exceptions près, n’émettent pas d’avis personnel, ils dressent un état des lieux juridique concernant la bioéthique, la famille, la santé, les règles de la vie en société. Ils se réfèrent surtout au droit de leur pays, la Belgique, ce qui permet d’en percevoir les nombreuses convergences avec le nôtre, et aussi les décalages (provisoires ?) comme par exemple en ce qui concerne l’euthanasie, dépénalisée chez nos voisins depuis 2002. Or, chacun des sujets traités dans ce livre met en évidence la métamorphose du droit censé à l’origine régir la conduite des citoyens dans la société en référence à des principes d’ordre supérieur. Qu’il s’agisse du droit matrimonial, de la bioéthique, ou de la morale publique, chacun des chapitres décrit (presque) imperturbablement le même processus : ce droit qui depuis Hammourabi, Solon, les Décemvirs, et jusqu’à Bonaparte compris était fait pour assurer, avec toute la rigueur désirable selon l’époque, l’ordre dans la société afin de garantir sa pérennité, est irrémédiablement rongé de nos jours par la dictature du désir et de l’individualisme ; l’enfant objet, le mariage sans lien, la famille dénaturée, le meurtre obliquement légalisé, tout y passe, tout est sacrifié sur l’autel du moi-moi-roi, au nom de l’exacerbation des notions de liberté et d’égalité, dessinant les contours d’une société humainement pauvre et stérile. En ce sens, le titre du 45e et dernier chapitre est éloquent : « Liberté, égalité, solitude ».

Citons pour finir la très pertinente question posée à la fin de la préface : « …a-t-on le droit qu’on mérite et qui nous ressemble ? Faible, incohérent, narcissique et en somme impuissant à soutenir un collectif solidaire dévoué à un principe plus grand que nous ? ».

Editions: Samsa

Nombre de pages: 192

Date de parution: avril 2019

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