Les alibis de la gestation pour autrui

Publié le : 12 janvier 2011

Dans Le Monde.fr, Hélène Goutal-Valière, ancienne psychothérapeute au service de pédo-psychiatrie à l’hôpital Henri Rousselle à Paris, répond à l’article publié dans Le Monde du 15 décembre 2010 par des personnalités favorables à la légalisation de la gestation pour autrui (Cf. Synthèse de presse du 14/12/10). Forte de quinze ans d’expérience comme psychothérapeute auprès d’enfants adoptés nés sous X ou dont la filiation s’est perdue (venus d’orphelinats étrangers), elle témoigne des difficultés psychiques que connaissent ces enfants. Malgré leur adoption très précoce "par des familles de bonne qualité humaine et affective tout à fait attentives à leur évolution intellectuelle et à leur confort psychique" et bien que ces enfants ne présentaient pas de pathologie particulière, ils étaient toutefois en proie à une "profonde souffrance existentielle méconnue qui se manifestait à bas (ou à grand) bruit, par des symptômes n’ayant en apparence rien à voir avec leur état-civil". Plusieurs années d’expérience clinique furent nécessaires pour repérer la source de ces problèmes liés à une "configuration originelle singulière".

Pour Hélène Goutal-Valière, que ces situations existent du fait "des infortunes de la vie" est inévitable mais "qu’on veuille les créer expérimentalement semble relever d’une ignorance ou d’un refus de prendre en compte les conséquences psychiques dont les enfants à venir ne manqueront pas de faire les frais". Elle dénonce le parti-pris des partisans de la légalisation des mères porteuses, comme Elisabeth Badinter, qui par un "argumentaire pour le moins pervers" établissent une analogie entre l’interdiction de la libre disposition de leur corps par les femmes (jusqu’en 1972 et la loi Veil) et l’accès à la libre disposition du corps d’autrui.

Rappelant un reportage télévisé récent montrant la réalité crue des mères porteuses en Inde, elle dénonce "l’alibi altruiste" que les partisans de la GPA mettent en avant. Elle rappelle que ces alibis altruistes n’ont jamais manqué aux partisans de la réquisition rémunérée du ventre des femmes par un tiers comme c’est le cas des défenseurs d’une prostitution "encadrée". Contre la prévalence de "l’alibi compassionnel" justifiant le recours à la GPA pour les couples médicalement ou techniquement infertiles, elle explique que, précisément, "la revendication d’un droit à faire fabriquer un être humain au profit d’un tiers exclut l’enfant à venir de cette belle humanité et de cette merveilleuse empathie […] l’évaluation du rapport bénéfices / risques paraît singulièrement biaisée : bénéfices pour les uns – les candidats-parents – et risques pour les autres, l’enfant". Il ne faut pas se leurrer : "l’instrumentalisation des utérus au bénéfice d’un tiers dans le cadre d’une législation et de critères strictement définis a déjà connu un certain succès. L’alibi était alors eugéniste. Il suffisait d’être consentant(e), blond(e), et "aryen(ne)". Les cliniques s’appelaient des Lebensborn, et le tiers, l’Etat, le troisième Reich". Devenus adultes, ces enfants sont "encore cruellement hantés par l’irreprésentable de leur origine".

Le Monde.fr 11/01/10

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