Les adolescentes – mamans

Publié le : 24 juillet 2003

Corinne Nativel et Anne Daguerre, deux chercheurs, ont remis à la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf) leur rapport sur "les maternités précoces dans les pays développés : problèmes, dispositions, enjeux politiques". En France, 6000 mineurs accouchent chaque année, soit 0,8 % des accouchements, dont 880 ont moins de 16 ans. Si elles sont deux fois moins nombreuses que dans les années 70, "l’angoisse" des pouvoirs publics n’a cessé de croître face à ces grossesses perçues de manière "catastrophique", notent les chercheurs. 4% des mères françaises sont adolescentes. En Grande Bretagne, on parle de "suicide social" pour les 13 % de jeunes filles de moins de 20 ans déjà mères et de "fléau social" pour les 22 % d’"adomamans" américaines. En France, les enquêtes sont peu nombreuses sur ces jeunes mères, considérées comme "a-normales" parce que ne respectant pas "le modèle dominant de "superwomen" maîtrisant leur fécondité".

Dans leur rapport, les chercheurs essaient d’identifier les adolescentes déjà mères et de comprendre leurs motifs. Qui sont les jeunes filles les plus exposées en France ? pour quelles raisons décident-elles de garder l’enfant ? Est-ce, comme pour certains experts, une expression du "profond malaise" qui caractérise l’adolescence dans nos sociétés ? une volonté de transgresser ?

Il semblerait que "les jeunes femmes issues de famille socialement et économiquement défavorisées soient relativement plus exposées". Chez les plus jeunes, âgées de moins de 15 ans, les grossesses seraient liées à des traumatismes issus de violences sexuelles. A 16 – 17 ans, la maternité répondrait à un désir de stabilité, de reconnaissance et de don de la vie comme l’exprime Jacqueline, 16 ans, "j’ai envie d’un enfant pour lui donner de l’amour, pour qu’il reflète qui je suis". Pour toutes classes sociales et niveau de vie confondus, il semblerait que l’absence du père biologique les premières années de l’enfant se transcrit plus tard chez l’adolescente par des "comportements sexuels à risque" [ndlr : l’article ne précise pas ce qu’on entend par "risque"].

L‘étude s’est également intéressée au rapport entre les grossesses précoces et la perception de la sexualité des jeunes dans les pays industrialisés. Elle souligne le comportement particulier de l’Italie, l’Espagne et l’Irlande, pays de tradition catholique, où le taux de grossesses précoces est faible (3%) et où l’arrivée d’un enfant chez une adolescente "n’est pas perçue comme un moment de crise ou de rupture mais accepté comme un élargissement de la famille".
Ce rapport montre qu’en terme de politique publique, favoriser la communication et le dialogue social chez ces jeunes filles seraient les mesures les plus adaptées.

Pour illustrer ce rapport, Libération fait témoigner Lynda, 17 ans, maman de Soraya. Lynda raconte son enfance difficile avec un père alcoolique et violent qui quitte le foyer à ses 3 ans, son adolescence avec sa "bande", sa relation en pointillé avec Sébastien et l’annonce de sa grossesse désirée avec son ami. "Tout le monde était contre moi, le gynécologue m’a engueulé, ma mère, mes tantes, tout le monde voulait que j’avorte (…)". Lynda s’inscrit alors pour une IVG et finalement ne va pas au rendez-vous. "Je voulais assumer cet enfant et l’avortement c’est tuer quelqu’un en moi, ça m’aurait détruite".

Libération (Blandine Grosjean) 24/07/03

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