L’Eglise catholique prend position contre la loi de bioéthique

Publié le : 21 juillet 2020

« Quel monde édifions-nous ? Quelle solidarité voulons-nous ? Aussi bien pour nous que pour les générations à venir. Les crises sociales et les alertes écologiques traduisent une réelle inquiétude, tandis que la pandémie du COVID-19 a révélé notre fragilité humaine et économique. La loi de bioéthique va-t-elle augmenter le désarroi ? » interroge la Conférence des évêques de France dans un communiqué.

Pour les responsables de l’Eglise catholique, « il nous faut penser un nouveau progrès » qui « ne se réalisera pas sans une vision commune de notre humanité et de son indispensable ″fraternité″ ». Et « celle-ci exige des remises en question qui nous préservent de la toute-puissance de nos désirs et qui réajustent nos droits et nos devoirs les uns vis-à-vis des autres » estiment-ils.

Si la préservation de la planète bénéficie d’« une salutaire prise de conscience », elle serait aussi utile pour la bioéthique. « Aujourd’hui, elle est tentée de valider les succès technologiques et le court-terme des profits du marché » dénonce la Conférence. Ainsi « le projet de loi, dans son actuelle mouture, semble s’y enfermer sans avoir conscience que l’être humain en est blessé » regrettent les prélats, qui dénoncent que « certains plaident faussement qu’ainsi va le sens de l’histoire, ce que contredit le virage écologique qui s’impose à nous ! Ils s’affirment progressistes en ayant une vision étroite du progrès, qui ne considère pas vraiment la santé publique comme bien commun et qui exclut le respect dû à l’être humain le plus fragile ! ».

Alors les évêques interrogent : « face aux défis liés au vieillissement de concitoyens de plus en plus nombreux, quelle nouvelle et juste solidarité allons-nous édifier en faveur de nos aînés ? Face à une conception gestionnaire des soins selon laquelle un ″patient″ devient parfois un ″client″, comment promouvoir une médecine plus humaine pour tous, soutenue par une politique de santé davantage reconnaissante envers les soignants ? Face à la volonté de tout maîtriser par les techniques biomédicales, comment discerner en raison les vrais enjeux ? » « Car les menaces sont réelles selon eux : marché des tests génétiques, robotisation et intelligence artificielle sans contrôle suffisant, expérimentation sur des embryons chimères, sélection accrue des enfants à naître, filiation sans paternité, maternité sans gestation, marchandisation de la procréation. »

« Développons une compréhension unifiée de la personne humaine en ses dimensions corporelle, psychique, sociale et spirituelle, invitent les évêques. Le corps n’est pas un matériau manipulable selon tout désir. Les liens humains fondamentaux ne sont pas configurables à volonté, fût-ce celle d’une majorité parlementaire. » Une vision anthropologique qui affirme que « de sa dignité découle la ″gratuité″ avec laquelle tout être humain, avec ses vulnérabilités et ses limites, est accueilli en raison de sa valeur sans prix ». Et « ″fraternité″ et ″gratuité″ permettent d’édifier la société inclusive désirée par tous : accueillir les différences et les fragilités, non comme des problèmes à éradiquer mais comme des sources d’humanité plus grande » estiment les évêques. « Voilà le chemin d’un progrès véritable et plus juste, qui conduit à ce monde nouveau ! »

« Répondre au défi écologique, c’est inséparablement élaborer une autre bioéthique que celle de l’actuel projet de loi, jugent-ils. Sans une conscience renouvelée de l’éthique, le plus fragile sera soumis à la loi du plus fort, et le progrès escompté deviendra régression. Il en va du sens de l’histoire et de notre responsabilité collective ! »

 

Pour aller plus loin :

 

Source : Eglise catholique en France (20/07/2020)

Partager cet article

Synthèse de presse

Chronique audio

Textes officiels

ressources

Fiches pratiques

Bibliographies

S'abonner aux lettres