L’avis n°122 du CCNE en bref

Publié le : 31 mars 2014

« Recours aux techniques biomédicales en vue de ‘neuro-amélioration’ chez la personne non malade : enjeux éthiques »

CONTOUR DE LA REFLEXION

La « neuro-amélioration biomédicale » est le recours par des sujets non malades à des techniques biomédicales (médicaments et dispositifs médicaux) détournées de leur utilisation en thérapeutique ou en recherche dans un but supposé d’amélioration psycho-cognitive.

PRINCIPAUX ENJEUX ETHIQUES SOULEVES par la neuro-amélioration

• Celui qui a recourt à la neuro-amélioration se croit libre et dans l’exercice d’un choix individuel alors qu’en réalité il subit la pression de son environnement socio-économique de course à la compétitivité et de culte de la performance favorisant une coercition souvent implicite.

• Le risque de l’émergence d’une « classe améliorée » qui mettrait à mal l’égalité des chances et de réussite. Cette Inégalité se retrouverait aussi à l’échelle planétaire. 

• La création de nouveaux manques. Qu’est-ce que sera la « normalité » ? les non-augmentés seront-ils dans la catégorie des pathologiques ?

• L’interrogation sur le rôle que nous voulons donner à la médecine : traditionnel de prévention, diagnostic et traitement des pathologies, ou élargir ces champs au bien-être ?

RESUME DES CONCLUSIONS & RECOMMANDATIONS DU CCNE

Questionnements sur la recherche, la santé, la médecine et la protection sociale

• Les études de recherche cognitive chez le sujet non malade ont montré une amélioration de certains paramètres des fonctions psycho-cognitives. Mais cette amélioration est inconstance, modeste, parcellaire et ponctuelle créant un écart important entre le bénéfice escompté ou perçu et la réalité.

Recommandation : le CCNE conseille d’avoir une grande rigueur dans la réalisation des études et une extrême prudence dans l’interprétation, l’utilisation et la communication des résultats.

• Le rapport bénéfice/risque à long terme est totalement inconnu, avec un risque d’addiction détecté.

Recommandation : le CCNE émet des réserves sur le recours à ces techniques, fortement déconseillées chez l’enfant, l’adolescent et les personnes vulnérables.

• Les données en France sont inexistantes

Recommandation : le CCNE conseille de faire des études d’observation dans le but de mettre en place des mesures de prévention et de régulation sur les médicaments et dispositifs médicaux et sur les outils de stimulation cérébrale transcrânienne à visée non médicale.

• L’élargissement du champ de la médecine à la neuro-amélioration pose la question de savoir quelle médecine nous voulons : doit-elle rester dans son rôle traditionnel de prévention, diagnostic et traitement des maladies, ou doit-elle élargir son champ d’intervention ?

Mise en garde : le CCNE alerte sur la distorsion des priorités de santé, risque aggravé en cas d’engagement de financements publics.

• Informer, en particulier le corps médial, des enjeux de la neuro-amélioration biomédicale.

Questionnement sur la personne et la vie en société

• Le CCNE incite à considérer la personne dans sa globalité et non de façon fragmentée en fonction des ces capacités :

« Le pouvoir de vivre d’une personne ne se rapporte pas à ses seules dispositions ou au seul fonctionnement de son cerveau… »

Mise en garde : le CCNE alerte sur une possible fragmentation des fonctions de la personne et demande de ne pas réduire la complexité humaine : « Le sentiment de soi ne saurait se réduire à la mesure des capacités ou à la recherche des performances »

• Mise en place d’une veille éthique

<p> Gènéthique</p>

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