Indécent eugénisme d’un député français

Publié le : 31 janvier 2011

Pierre-Olivier Arduin revient sur les propos eugénistes indécents tenus par le député socialiste de l’Ardèche, Olivier Dussopt, alors que la Commission spéciale de bioéthique discutait du diagnostic prénatal (Cf. Synthèse de presse du 28/01/11).

En mai 2009, le Conseil d’Etat a montré que les statistiques françaises révèlent "une pratique individuelle d’élimination presque systématique" des enfants trisomiques et a reconnu que l’eugénisme peut non seulement être le fait d’une "politique délibérément menée par un Etat" mais également le "résultat collectif d’une somme de décisions individuelles convergentes prises par les futurs parents". Pour contrebalancer cet emballement du dépistage généralisé, un amendement concernant l’amélioration de l’information délivrée aux femmes en matière de dépistage et sur la trisomie a été proposé par le député de l’Ain, Xavier Breton, dans le cadre de la commission spéciale de bioéthique chargée d’examiner le projet de loi bioéthique. Dans un "souci d’information complète et objective", cet amendement vise notamment à ce que soit remise à la femme enceinte, "une liste des associations spécialisées dans l’accompagnement des patients atteints de l’affection recherchée et de leurs familles". Cet amendement vise à donner la possibilité aux parents d’un temps de la réflexion et des informations sur la trisomie 21. De nombreuses voix, comme celle de Chantal Lebatard, administratrice de l’UNAF ou celle de Alexandra Benachi du centre hospitalier universitaire Antoine Béclère, avaient plaidé, lors des auditions, pour un accompagnement des couples confrontés à l’annonce d’un diagnostic de trisomie 21.

Nora Berra, secrétaire d’Etat de la santé, s’est dite pourtant défavorable à cet amendement, affirmant que la remise d’une liste d’associations constituerait une pression sur la femme enceinte. Le député Olivier Dussopt s’est alors opposé au texte avec véhémence : "Quand j’entends que “malheureusement” 96 % des grossesses pour lesquelles la trisomie 21 est repérée se terminent par une interruption de grossesse, la vraie question que je me pose c’est pourquoi il en reste 4 %." Ces propos eugénistes ont immédiatement suscité des réactions. "Je regrette que M. Dussopt ait tenu des propos à caractère eugéniste" a déploré le député Philippe Gosselin. "Le fait que l’un d’entre nous ait pu dire que les 4 % de fœtus trisomiques qui ne sont pas éliminés sont encore 4 % de trop est bien la preuve de la pression sociale dont parlait Xavier Breton" a fait valoir le député Philippe Meunier. Jean Leonetti a de son côté soutenu cet amendement.

L’amendement a toutefois été rejeté sous la poussée des députés socialistes. Cette affaire n’a pas échappé aux associations réunies au sein du Collectif des Amis d’Eléonore qui a annoncé sa volonté de saisir la Halde pour propos eugénistes contraires à la dignité des personnes porteuses de trisomie 21.

Rappelons que de nombreux professionnels de la grossesse et de la naissance ont aussi dénoncé, au sein du Comité pour sauver la médecine prénatale, la façon dont la stratégie française de dépistage, sous prétexte de liberté, devient un système oppressant induisant l’ "interruption médicale de grossesse" (IMG) en cas de risque reconnu de trisomie 21 (Cf. Synthèse de presse du 27/01/11).

Liberté Politique (Pierre-OIivier Arduin) 31/01/11

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