« IMG : malaise à l’hôpital »

Publié le : 3 février 2012

Dans le mensuel La Nef de février 2012, Pierre-Olivier Arduin rapporte les résultats d’une enquête de terrain conduite dans un grand centre hospitalier français, qui révèlent que "l’interruption médicale de grossesse (IMG), bien que légale depuis 35 ans, est vécue comme "un geste à la limite du tolérable" par des médecins et des sages-femmes qui en approuvent pourtant le principe et l’effectuent régulièrement dans leurs services respectifs".
L’IMG peut être pratiquée jusqu’au terme de la grossesse, si deux médecins membres d’une équipe pluridisciplinaire attestent que "la poursuite de la grossesse met en péril grave la santé de la femme" ou qu’il existe "une forte probabilité que l’enfant à naître soit atteint d’une affection d’une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic" (Art. L. 2231-1 CSP). Depuis la loi Veil en 1975, l’avortement procède de la volonté de la mère et dans le cas d’une IMG, de son "jugement personnel sur le handicap de l’enfant qu’elle attend".

L’enquête révèle que face à une IMG, les parents et les professionnels ont des regards très différents sur le statut du fœtus. Si les parents renoncent à leur projet parental suite au diagnostic d’une anomalie, le réduisant à un "fœtus tumoral" dépersonnifié, pour les soignants au contraire il reste un "fœtus authentique", "un véritable sujet". Ainsi certains d’entre eux légitiment l’acte de l’IMG en le décrivant comme un "crime compassionnel accompli pour le bien de l’enfant à naître afin de lui éviter une vie de souffrance". Les soignants se disent cependant "coincés par le dépistage et le désir des parents". L’avortement resterait pour eux "un acte à la limite du tolérable", notamment lorsque le fœtus a plus de 24 semaines, un acte les contraignant à un "geste actif de fœticide intra utero pour empêcher la naissance d’un enfant vivant qui ne peut légalement être euthanasié". Le personnel médical interrogé a également cité un "sentiment de transgression" quand le fœtus avorté "n’est pas affecté d’une maladie mortelle comme dans le cas de la trisomie 21". Au moment de l »autorisation de l’IMG, certains l’avaient déjà été qualifié d’ "eugénisme anténatal".

Selon les chercheurs, les enseignements principaux à retirer de cette étude sont que "les professionnels de la santé sont devenus les "mandataires des parents" et qu’il existe une "conception socialement déterminée du handicap supportable de l’enfant à naître". Les médecins interrogés ont évoqué une "maladie de notre société où l’embryon, on le veut le plus beau, le plus smart, le plus présentable", rejoignant l’analyse de Benoît XVI pour qui "la recherche obsessionnelle de l’enfant parfait" fait planer le spectre d’une "nouvelle vague d’eugénisme discriminatoire" ".

La Nef (Pierre-Olivier Arduin) 02/12

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