GPA : le droit doit protéger le corps des femmes

Publié le : 12 mai 2011

Dans le Quotidien du médecin, le Dr Agnès Noizet, praticien hospitalier au Centre d’assistance médicale à la procréation (AMP) de l’hôpital de la Conception à Marseille, se réjouit de ce que l’Assemblée puis le Sénat aient choisi de refuser de légaliser la gestation pour autrui (GPA). Avec cette pratique, c’est en effet "vers une instrumentalisation de la femme que l’on risque d’évoluer". "Certes, le but en est louable, puisqu’il s’agit d’avoir un enfant, mais tout usage du corps de l’autre reste répréhensible. Tout est donc techniquement possible, le seul frein, le seul guide, c’est le droit qui oblige à respecter les grands principes d’éthique, car tout ce qui est techniquement possible n’est pas nécessairement humainement souhaitable", note-t-elle en précisant que la GPA contredit les grands principes d’éthique médicale et humaine : ne pas nuire et respecter la non-patrimonialité du corps humain.

En effet, la GPA implique pour la mère porteuse des risques obstétricaux variés, qui sont d’autant plus nombreux que les grossesses gémellaires sont fréquentes en assistance médicale à la procréation. Ces risques "ne sont pas acceptables quand le bénéfice n’est pas pour celle qui supporte le risque". Le Dr Agnès Noizet note par ailleurs que toute grossesse a des conséquences sur le corps féminin : "ce ne sont en principe que les marques de la vie, mais de ‘sa’vie’", ce qui n’est pas le cas avec la GPA. "Nous ne sommes pas loin de la malfaisance", en conclut-elle.

Outre les risques strictement médicaux, la GPA comporte des risques psycho-sociaux : la mère porteuse ne peut pas investir cette grossesse ni même s’attacher à l’enfant ce qui n’est pas sans conséquence pour ce dernier tant les interactions fœtus-mère sont importantes. Par ailleurs, les relations de la mère porteuse avec son mari, ses enfants, son entourage, ne sont pas nécessairement simples à gérer. Les suites de couches sont souvent difficiles de par la séparation d’avec l’enfant et l’isolement retrouvé après avoir été au centre d’un processus.

Tant de risques inacceptables quand la motivation principale de la mère porteuse est l’argent : "les mères porteuses seront nécessairement des femmes dans le besoin, qui sacrifieront leur corps, leur santé et leur temps pour de l’argent, dans un équivalent de prostitution qui ne dit pas son nom." Certains estiment que la GPA est nécessaire car il y a de "vraies" indications, notamment dans le cas de femmes sans utérus. "Mais que les indications soient ‘vraies’, strictes, ou élargies aux femmes dont la grossesse ferait courir un risque médical grave, ou encore élargies aux couples homosexuels masculins, le problème n’est pas là : il est aux mères porteuses essentiellement et il n’y a que ce problème-là à considérer. On ne peut pas, pour solutionner les difficultés de nos patients, faire prendre des risques pour sa santé à une autre, tout simplement parce que ‘cette autre’ n’entre pas dans le champ de nos patientes".

Pour le Dr Noizet, le droit est et doit rester "le rempart de protection des ‘humains’, éventuellement contre eux-mêmes, dans le respect de la dignité humaine."

Le Quotidien du médecin 12/05/11

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