Fin de vie : « voyage d’observation » en Suisse

30 Jan, 2023

Vendredi, les deux ministres en charge du débat sur la fin de vie, Agnès Firmin Le Bodo et Olivier Véran, se sont rendus à Genève pour un « voyage d’observation ». Un groupe de députés et de sénateurs était également avec eux.

Un acte non punissable et non un droit

« En Suisse, l’assistance au suicide n’est pas considérée comme un droit mais comme un acte non punissable s’il n’est pas motivé par un motif égoïste. C’est une liberté reconnue aux citoyens. Pour autant que les recommandations faites par l’Académie des sciences médicales pour encadrer la pratique soient respectées » a expliqué Mauro Poggia, président du Conseil d’État du canton de Genève.

Pour avoir recours à l’assistance au suicide, par l’intermédiaire d’une association (cf. Suisse : 1282 suicides assistés recensés par l’association Exit en 2020), certaines conditions doivent être réunies : disposer de sa capacité de discernement, formuler librement sa demande, être atteinte « soit d’une maladie incurable, soit de souffrances intolérables, soit de polypathologies invalidantes liées à l’âge », et être à même de s’administrer soi-même la dose létale.

En 2019, environ 1 200 personnes ont eu recours au suicide assisté dans le canton de Genève, ce qui représente 2 % des décès . « Les seuls contrôles [sont] effectués, a posteriori, par la police pour s’assurer du respect de la procédure » précise Samia Hurst-Majno, médecin et bioéthicienne.

Un “modèle” exportable ?

« C’est une façon de faire la loi qui est très différente de ce qu’on connaît en France où nous, on part du principe que tout est interdit, sauf ce qui est autorisé » a relevé Olivier Véran. « Toutes les options sont sur la table » a-t-il toutefois indiqué tout en notant qu’« on touche ici au cœur de l’intime, la mort. C’est très personnel et cela peut renvoyer à beaucoup de conviction, beaucoup de craintes, beaucoup de peur ».

« En France, il y a encore beaucoup de craintes (..) cela passera par la loi », « si loi il doit y avoir » a de son côté ajouté Agnès Firmin Le Bodo. Béatrice Bellamy, députée Horizons de Vendée, est, elle, plus réservée : « Les Suisses sont sans doute pragmatiques et sages, mais ce modèle est-il exportable en France et est-ce la priorité ? À ce stade, je ne suis sûre de rien ».

Après cette visite, Agnès Firmin Le Bodo a prévu de se rendre dans trois autres pays : la Belgique en février, puis sans doute l’Italie, où des débats sont en cours (cf. Italie : un deuxième cas de suicide assisté autorisé), et l’Espagne, qui a légalisé l’euthanasie en 2021 (cf. Euthanasie : l’Espagne dresse le bilan des six premiers mois). Fin Septembre, Olivier Véran avait lui déjà fait une visite en Belgique, pays qui autorise l’euthanasie depuis 2002 (cf. L’euthanasie en Belgique, ou le véritable contre-modèle à proscrire).

Sources : Ouest France (27/01/2023) ; La Croix, Antoine d’Abbundo (28/01/2023) ; TVA nouvelles avec AFP (27/01/2023)

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