Fin de vie : un projet de loi qui « permet de mettre un pied dans la porte », avant les prochaines étapes

7 Mai, 2024

Lors de l’audition des obédiences maçonniques par la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi relatif à la fin de vie, Guillaume Trichard, Grand Maître du Grand Orient de France, a demandé que l’« aide à mourir » soit autorisée pour les mineurs. Selon lui, il s’agirait d’une « question administrative », l’âge de la majorité pouvant varier en fonction des contextes (cf. Fin de vie : une loi co-construite avec les francs-maçons).

Briser « le front des anti-choix »

Même si cette position n’est pas « fréquente » au sein de la commission, ni exprimée « aussi explicitement », « elle est bien là », assure Patrick Hetzel, député LR membre de la commission et opposé à la légalisation de l’« aide à mourir », interviewé par le JDD [1]. « Un certain nombre ont conscience que, stratégiquement, ils n’ont pas intérêt à la mettre en avant ». Au risque de braquer les citoyens favorables au projet de loi.

« Si nous voulons un jour prochain pouvoir bénéficier d’une loi qui permette à chacun de choisir librement les conditions de sa propre fin de vie, nous devons être astucieux et ne pas sembler excessifs », écrivait l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) dans un mail adressé à ses adhérents en septembre 2022. « Nous devrons accepter des concessions qui ne seront que temporaires, transitoires. Car dès lors que le principe même de l’aide active aura été voté, le front des anti-choix aura été brisé et nous pourrons enfin avancer rapidement et faire évoluer la loi vers ce que nous souhaitons tous : une loi du libre choix qui ne comporte aucune obligation pour quiconque », poursuit l’ADMD.

L’« effet cliquet » combiné à l’« effet domino »

« Ce n’est pas ce que nous demandons aujourd’hui », tente de rassurer Jonathan Denis, le président de l’association, interrogé par le JDD. « Mais c’est une question qui devra être soulevée ne serait-ce que par rapport à la loi de 2016 qui permet aux mineurs d’avoir accès à la sédation profonde. » Jonathan Denis ne s’en cache que peu : pour les militants de la « mort choisie » il ne s’agit que d’une première étape.

« Pour certains, ce projet de loi ne va pas assez loin, mais il permet de mettre un pied dans la porte », analyse Patrick Hetzel, rappelant l’« effet cliquet » combiné à l’« effet domino » des lois dites sociétales.

Les choses sont claires pour qui veut bien les voir. Les « garde-fous » seront bientôt pris d’assaut, la mort des « conditions strictes » est déjà programmée.

 

[1] JDD, Fin de vie : se dirige-t-on vers l’euthanasie des mineurs ?, Elisabeth Caillemer (07/05/2024)

Photo : iStock

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